Vente OM : « Une vente de moins de 50M€ serait une très bonne affaire » (Interview Pierre Rondeau)

Frank McCourt et Margarita Louis-Dreyfus OM vente la provence

PHOTO : FRÉDÉRIC SPEICH – laprovence.com

 

Hier, l’américain Franck H. McCourt et Margarita Louis-Dreyfus ont annoncé des négociations exclusives pour l’acquisition de l’Olympique de Marseille. 

L’occasion de poser quelques questions à Pierre Rondeau, professeur d’économie à la Sports Management School et auteur de Coût Franc, les sciences économiques expliquées par le foot (Bréal, 2016).

Quel regard portez-vous sur l’arrivée plus que probable de l’américain McCourt à la tête de l’OM ?
Pierre Rondeau : Tout d’abord, rien n’est fait et les Marseillais ont encore en tête l’épisode Kachkar qui avait débouché sur rien. La mairie doit encore valider la vente, et ce processus illustre bien sa complexité et que peu de candidats se sont bousculés au portillon. La main mise des notables locaux montre bien la difficile gestion d’un club comme l’olympique de Marseille.

Peut-on gagner de l’argent en investissant dans un club de football ?
PR : Le futur peut-être repreneur de Marseille Frank McCourt est avant tout un homme d’affaire désireux de dégager des profits rapidement et de manière très prudente. Il dirige un fonds d’investissement et souhaite d’abord faire de l’Olympique de Marseille une marque lucrative avant d’être une machine à gagner sportivement. Malheureusement l’économie du football est ainsi faite que pour être bon économiquement il faut être bon sportivement. Or être bon sportivement, c’est dépenser économiquement, le serpent se mord la queue.

« L’irrationalité et l’aléatoire pèsent dans le foot, contrairement aux autres secteurs d’activité. »

En économie, on dit que « la croissance d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». En football, ça deviendrait « les dépenses d’aujourd’hui sont les résultats sportifs de demain et les recettes économiques d’après-demain ». Autrement dit, pour être bon durablement, il faut dépenser et investir. Si McCourt veut concurrencer le Paris Saint-Germain, il doit se mettre au même niveau que le PSG et accepter des investissements équivalents, chose qu’il ne fera certainement pas.

Mais l’argent ne fait presque pas tout sportivement…
PR : Le dernier exemple d’un fonds d’investissement à la tête d’un club de foot était Colony Capital avec le PSG. Le but était de dégager des recettes rapidement afin de satisfaire les épargnants américains (notamment pour des fonds de pension destinés aux retraités). Cela a été un cuisant échec puisque le foot reste dominé par la glorieuse incertitude où rien ne permet de dire que telle équipe ou telle équipe gagnera à coup sûr.

Ce n’est pas parce que je suis le deuxième budget de Ligue 1 que je suis le deuxième club de ligue 1, bien au contraire, et en Ligue 1 – surtout sur la période 2000/2010 – l’efficience économique (la corrélation entre puissance économique et puissance sportive) était la plus faible du big-five européen. La vente officialisée de l’OM permettra de rassurer l’équipe sportive et le groupe. De la stabilité, en théorie managériale, est un très bon stimulateur de productivité et de compétitivité. Les joueurs, rassurés et convaincus de la nouvelle équipe dirigeante, ne se focaliseront que sur une seule chose : gagner les matchs.

Quelle est la valeur de l’Olympique de Marseille et quel sera le prix de vente de Margarita Louis-Dreyfus ?
PR : D’après les comptes disponibles de la DNCG, les actifs de l’OM étaient estimés à 110 millions d’euros, à cela se rajoute la valeur immatérielle, la renommée, la notoriété puis on retire le passif, les dettes et l’instabilité sportive, les déficits sportifs, le manque à gagner sur le terrain.

« Si le projet s’installe dans la durée, une vente de moins de 50 millions d’euros serait une très bonne affaire. »

Les négociations sont en cours mais on pourrait très bien s’imaginer le différentiel certain entre la valeur d’usage (100 millions d’euros au moins) et la valeur d’échange (la valeur du marché correspondant au jeu de l’offre et de la demande résultant des négociations). Certains parleraient de plus de 40 millions d’euros par exemple.

Si le projet s’installe dans la durée, une vente de moins de 50 millions d’euros serait une très bonne affaire. L’image de marque de l’OM reste importante dans l’hexagone et, jusqu’à la saison dernière, le club était le plus médiatisé au niveau des droits de diffusion. La Ligue 1 versait la part consacrée à cette variable la plus important à Marseille, devant le PSG. Il y a encore beaucoup de fans de Marseille, plus de 1.7 millions de followers sur Twitter contre 910 000 à l’Olympique Lyonnais par exemple. La base-fan est potentiellement marchandisable et si les nouveaux dirigeants maîtrisent bien les nouvelles techniques de marketing et de communication, ils peuvent potentiellement bien faire les choses.

Encore une fois, tout dépend du sportif et des résultats sur le terrain. Le football restera toujours une économie différenciée, on ne raisonne pas de la même façon que dans n’importe quelle autre entreprise. L’irrationalité et l’aléatoire pèsent dans le foot, contrairement aux autres secteurs d’activité.

En complément : la conférence de presse de Franck McCourt en vidéo

 

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