Interview « Entreprendre dans le sport » : Thomas Martineau, fondateur de FanZone

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FanZone est une plateforme qui permet aux athlètes de proposer des expériences à leurs fans, comme des séances d’entraînement en ligne ou en présentiel, des vidéos personnalisées ou encore du matériel dédicacé. Son fondateur, Thomas Martineau, présente à Sport Buzz Business les contours de ce jeune projet, officiellement lancé en janvier 2026.

Sport Buzz Business : Parlez-nous de votre parcours avant de vous lancer. Quand avez-vous créé FanZone ?

Thomas Martineau : J’ai commencé par faire du droit à la Sorbonne. Après ma licence, j’ai intégré HEC en double diplôme, également avec la Sorbonne. J’ai compris que je voulais me détacher de l’étiquette juridique pour aller vers l’entrepreneuriat. L’année dernière, j’ai eu l’occasion de faire une année de césure dans le cadre de mes études, ce qui m’a permis de travailler pour Olbia Conseil qui est un acteur majeur du milieu sportif. Et comme depuis tout petit je suis passionné par le sport, je me suis orienté vers une expérience entrepreneuriale qui me tenait à cœur depuis quelque temps : FanZone, que j’ai fondée en octobre 2025 et dont le lancement officiel a eu lieu en janvier 2026.

SBB : Pouvez-vous présenter FanZone et sa proposition de valeur ?

T.M. : FanZone est une solution dont l’objectif est, d’une part, de permettre aux athlètes de haut niveau de développer des sources de revenus complémentaires et, d’autre part, d’offrir aux fans une expérience plus exclusive avec leurs sportifs préférés. Cela se concrétise par une plateforme sur laquelle les athlètes proposent différents types d’expériences que les fans peuvent acheter. Ces expériences sont articulées autour de trois leviers : les cartes virtuelles (coaching en ligne, message personnalisé), les cartes matérielles (objet porté et dédicacé par l’athlète) et les cartes physiques (rencontre avec l’athlète, notamment lors d’un entraînement).

SBB : Quel a été le déclic qui vous a poussé à créer FanZone ?

T.M. : Un jour de novembre 2023, je suis tombé sur un reportage de France Télévisions consacré à Dimitri Bascou, spécialiste du 110 mètres haies, qui expliquait ne pas disposer de fonds suffisants pour préparer les Jeux olympiques de Paris 2024. Il avait lancé un appel à ses fans pour l’aider. J’ai été surpris qu’un athlète de ce niveau ne puisse pas se préparer sereinement pour une telle échéance. Je me suis alors demandé comment permettre aux sportifs de bénéficier de revenus complémentaires et récurrents en mobilisant leurs fans, sans passer par des cagnottes. En parallèle, le marché du fan engagement explose, avec une demande croissante des supporters pour davantage de proximité avec les athlètes.

SBB : Avez-vous des associés ou des collaborateurs pour ce projet ?

T.M. : Je suis le seul fondateur. J’ai un très bon ami qui m’aide car il a déjà de l’expérience dans l’entrepreneuriat mais c’est davantage un consultant qu’un associé. Pour le moment, nous ne sommes que deux. Une troisième personne nous rejoindra peut-être cet été.

« Christophe Lemaitre est sans doute le plus gros nom qui a rejoint la plateforme »

SBB : Combien d’athlètes et d’utilisateurs compte FanZone ?

T.M. : La plateforme compte 19 athlètes et environ 500 utilisateurs. Hormis un athlète qui représente la Côte d’Ivoire (l’escrimeur Jérémy Keryhuel), nous nous limitons aux Français pour le moment mais nous espérons nous élargir bientôt.

 

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SBB : Quel est l’athlète dont l’arrivée sur FanZone vous rend le plus fier ?

T.M. : Christophe Lemaitre est sans doute le plus gros nom qui a rejoint la plateforme. C’est un rêve d’enfant de pouvoir dire que je l’ai signé. D’autres athlètes sont très impliqués dans le projet et j’en suis très heureux. C’est notamment le cas de l’escrimeuse Jade Maréchal ou du joueur de beach volley Téo Rotar. Il y a aussi le tennisman Mathias Bourgue qui m’aide beaucoup en me donnant régulièrement des feedbacks.

SBB : Quel est le business model de FanZone ? Comment la plateforme génère des revenus ?

T.M. : Pour l’instant, l’objectif est de démontrer que la plateforme suscite un réel engouement. À très court terme, je souhaite surtout que les athlètes soient satisfaits des revenus qu’ils génèrent grâce à FanZone. Téo Rotar, par exemple, a déjà gagné près de 1 000 euros. Dans un premier temps, l’essentiel est que le produit fonctionne le mieux possible, c’est pourquoi nous laissons 100 % des revenus aux athlètes. Une fois que nous aurons grandi, nous envisagerons de prélever une commission de 20 % sur leurs revenus, mais ce n’est pas d’actualité pour le moment.

« Une fois que nous aurons grandi, nous envisagerons de prélever une commission de 20 % sur les revenus des athlètes ».

SBB : Quelles sont les cartes qui rencontrent le plus de succès auprès du public ?

T.M. : Les cartes matérielles (objet porté et dédicacé par le sportif) rencontrent beaucoup de succès. Un athlète a déjà vendu les siennes en intégralité !

SBB : Quels sont les principaux concurrents de FanZone ?

T.M. : Sur le marché du fan engagement, il y a beaucoup d’acteurs comme Club Legacyz ou Genezys qui peuvent être considérés comme nos concurrents lointains. Leur activité est différente mais ça reste le marché du fan engagement. On trouve également quelques sites de sponsoring mais leur offre s’adresse davantage aux entreprises. Notre scope de concurrents est très large mais, sur notre segment spécifique, nous sommes seuls pour le moment même si j’ai eu des échos de boîtes qui voulaient faire pareil que nous.

SBB : Dans le lancement de votre entreprise, êtes-vous soutenu par un incubateur, un accélérateur ou un réseau d’entrepreneurs ?

T.M. : Je viens d’être incubé il y a quelques jours à l’ESSEC et je suis en bonne voie pour rejoindre l’incubateur de HEC. Mais jusqu’à maintenant, je me suis débrouillé seul. J’ai commencé en passant des appels avec des athlètes, en les démarchant sur LinkedIn et Instagram. L’objectif était de connaître leurs besoins. Au début, je voulais lancer un OnlyFans du sport avec des athlètes qui proposent des contenus exclusifs. Mais les sportifs ne sont pas des créateurs de contenus. C’est avec leurs retours que je me suis orienté vers le modèle de FanZone.

« J’ai commencé en passant des appels avec des athlètes, en les démarchant sur LinkedIn et Instagram »

SBB : Envisagez-vous de recourir à une levée de fonds pour développer l’entreprise ?

T.M. : Pour le moment, nous essayons de gagner en crédibilité et de nous positionner à un niveau institutionnel avec, pourquoi pas, des partenariats avec des fédérations et des clubs. Ensuite, si les chiffres sont bons, nous envisagerons une levée de fonds. Etant donné que nous évoluons sur le marché du BtoC, nous aurons sans doute besoin d’un budget important niveau marketing. Finalement une première levée de fonds pourrait intervenir d’ici quelques semaines.

SBB : Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur souhaitant se lancer dans la sportech ?

T.M. : C’est compliqué de donner un conseil car je viens de lancer mon entreprise. Mais je pense qu’il faut entreprendre avant tout par passion pour le sport, plutôt que dans l’unique objectif de générer du chiffre d’affaires. De mon côté, je me suis lancé avec l’envie d’avoir un impact positif sur le sport et de lui rendre, d’une certaine manière, tout ce qu’il m’a apporté.

« Si je voulais gagner beaucoup d’argent, je ne me serais pas lancé dans le sport »

SBB : Si on élargit un peu la discussion, que pensez-vous de la dynamique actuelle de la sportech ? Est-ce que le secteur parvient à capitaliser sur les Jeux olympiques de Paris 2024 ?

T.M. : D’un point de vue institutionnel, l’héritage des Jeux olympiques a été assez faible. Je ne pense pas qu’il y ait eu un avant et un après. La sportech avait déjà une croissance régulière avant Paris 2024 et, si pic de croissance il y a eu, cela suit surtout l’état général du capital-risque. Le déclic viendra davantage de la structuration du secteur, notamment via le collectif SporTech. Je pense que, dans les consciences, entreprendre dans le sport reste encore compliqué. Le réflexe est de développer des logiciels BtoB pour générer rapidement du chiffre d’affaires. Si je voulais gagner beaucoup d’argent, je ne me serais pas lancé dans le sport.

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