Interview – « Entreprendre dans le sport » : Alexandre Bouquet et François Dupont, co-fondateurs de Nolio

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Nolio est une plateforme de planification, de suivi des entraînements et d’analyse des performances. La solution s’adresse principalement aux coachs, afin de fluidifier leur relation avec les athlètes qu’ils accompagnent, mais est également accessible aux sportifs qui s’entraînent en autonomie. Pour Sport Buzz Business, Alexandre Bouquet et François Dupont reviennent sur ce projet qu’ils ont lancé en 2019.

Sport Buzz Business : Parlez-nous de votre parcours avant de vous lancer. Quand avez-vous créé Nolio ?

Alexandre Bouquet : J’ai fait un IUT informatique puis Ensimag, une école d’ingénieur informatique. Fin 2017, nous avons réalisé les premières lignes de code pour créer Nolio, en parallèle de l’école. En 2019, en sortie d’école, nous avons officiellement lancé l’entreprise qui est basée à Grenoble.

François Dupont : Mon parcours est similaire à celui d’Alexandre car j’ai fait le même IUT, la même école d’ingénieur informatique et nous avons fondé Nolio ensemble.

SBB : Pouvez-vous présenter Nolio et sa proposition de valeur ?

A.B. : Nolio est une plateforme de planification, de suivi des entraînements et d’analyse des performances disponible sur le web et sur application mobile. C’est un logiciel tout en un pensé pour simplifier la relation entre sportifs et entraîneurs et pour leur faire gagner du temps. Les coachs peuvent concevoir des programmes d’entraînement que les athlètes reçoivent sur leur application Nolio, via leur smartphone ou bien leur montre connectée. Quand les sportifs réalisent une séance d’entraînement, les données de performances sont automatiquement remplies dans l’application et peuvent être analysées par leur entraîneur. Nolio est connecté avec les principaux outils utilisés par les sportifs comme Strava ou Garmin.

SBB : Quel a été le déclic qui vous a poussé à créer Nolio ?

A.B. : Nous avons fait tous les deux beaucoup de sport, François du ski de fond et de l’athlétisme de mon côté. Le déclic est né de nos propres galères : des carnets d’entraînement peu pratiques, des fichiers Excel compliqués à gérer avec nos coachs. En confrontant nos expériences, nous nous sommes dit qu’on pouvait créer une application pour répondre à nos besoins d’athlètes, puis à ceux des entraîneurs, en leur faisant gagner du temps et en remplaçant les tableurs. Nous avons lancé les premiers prototypes dès notre deuxième année d’école, en les faisant tester autour de nous, avant d’aller un peu plus loin dans le projet.

SBB : Combien de collaborateurs composent l’équipe ?

A.B. : Nous sommes dix. Nous avons développé la structure petit à petit sans financement extérieur. Nous avons recruté un peu chaque année grâce à notre développement et à nos revenus. L’équipe est principalement composée de développeurs mais il y a aussi une personne chargée de la communication, une dédiée au support client et une autre qui se concentre sur le développement commercial.

« Nolio a séduit près de 5 000 entraîneurs, ce qui signifie qu’entre 50 000 et 60 000 sportifs utilisent la plateforme »

SBB : Combien d’utilisateurs compte Nolio ?

A.B. : A ce jour, Nolio a séduit près de 5 000 entraîneurs, ce qui signifie qu’entre 50 000 et 60 000 sportifs utilisent la plateforme. Nos utilisateurs viennent de France évidemment, mais aussi de la Belgique, de la Suisse et du Canada.

SBB : La plateforme est-elle pensée davantage pour les coachs ou pour les sportifs ?

A.B. : Le produit est pensé pour optimiser la relation entraîneur-athlète mais nos principaux clients, ceux qui paient pour utiliser les fonctionnalités du logiciel, ce sont surtout les entraîneurs. Je parle au sens large du terme : cela inclut les entraîneurs indépendants, les entraîneurs affiliés à un club ou à une fédération. Évidemment, en tant que sportif, il est possible d’utiliser Nolio sans coach mais ce n’est pas le cas d’usage où la plateforme apporte le plus de valeur ajoutée.

SBB : Les sportifs qui utilisent Nolio sont-ils des athlètes de haut niveau ou bien des amateurs ?

A.B. : Il y a vraiment les deux. Les sportifs de haut niveau sont forcément plus rares, donc moins nombreux sur Nolio. Mais l’application est conçue aussi bien pour un athlète qui vise les Jeux olympiques que pour quelqu’un qui prépare son premier 10 kilomètres. Les sportifs de haut niveau exploitent davantage les fonctionnalités avancées, tandis que les amateurs se concentrent surtout sur leur planning et le suivi de leur programme. Les amateurs ne s’intéressent pas forcément aux modules les plus poussés donc lorsque nous développons de nouvelles fonctionnalités, elles sont intégrées de manière discrète en “option cachée” afin de ne pas perturber leur expérience utilisateur.

« L’application est conçue aussi bien pour un athlète qui vise les Jeux olympiques que pour quelqu’un qui prépare son premier 10 kilomètres »

SBB : Des athlètes ont donc déjà préparé les Jeux olympiques avec Nolio ?

A.B. : Oui, certains d’entre eux ont participé aux Jeux olympiques de Milan Cortina ! Pour les JO de Paris 2024, nous avions un partenariat avec la fédération française d’aviron donc tous les rameurs français qui participaient aux Jeux se sont préparés avec Nolio. Notre plateforme a aussi été utilisée par l’équipe de France de cyclisme sur piste et par l’équipe suisse de canoë kayak.

SBB : Quels sont les principaux sports pratiqués par les utilisateurs de Nolio ?

A.B. : Historiquement, les sports d’endurance sont notre cible. Le running, le cyclisme, le triathlon, le ski de fond et le ski alpinisme sont les sports les plus pratiqués sur Nolio. L’année dernière, nous avons sorti un module axé sur la préparation physique. Cela nous permet d’attirer de nouveaux utilisateurs qui pratiquent des sports comme le crossfit ou l’hyrox mais aussi des kinés qui utilisent Nolio pour transmettre des programmes de rééducation à leurs patients.

SBB : Quel est le business model de Nolio ? Comment la plateforme génère des revenus ?

A.B. : Notre modèle économique repose sur un système d’abonnement classique, dont le tarif varie selon les fonctionnalités choisies par les utilisateurs. À côté de ça, nous travaillons également avec des fédérations qui souhaitent bénéficier d’une version personnalisée. Dans ce cas-là, c’est un peu à la carte mais cela ne représente qu’une petite partie de notre business.

SBB : Quels sont vos principaux concurrents ? Comment Nolio se distingue des autres acteurs présents sur le marché ?

A.B. : Notre plus gros concurrent reste sans doute l’Américain TrainingPeaks. C’est le leader mondial et historique sur notre marché. Il y a aussi Hexfit qui se concentre exclusivement sur la préparation physique. Nous essayons de nous distinguer en proposant une expérience très personnalisée, aussi bien pour les coachs qui entraînent des sportifs amateurs que pour ceux qui suivent des athlètes de haut niveau.

SBB : Dans le lancement de votre entreprise, êtes-vous soutenu par un incubateur, un accélérateur ou un réseau d’entrepreneurs ?

A.B. : Nous avons reçu beaucoup d’aides. Nous avons notamment été accompagnés par l’incubateur OSV à Annecy. En termes de financement, la BPI nous a accordé la “Bourse French Tech” et le “Prêt innovation”.

« 2025 a été notre plus belle année et que nous devrions dépasser le million d’euros de chiffre d’affaires »

SBB : Quels sont les objectifs financiers de Nolio pour les cinq prochaines années ?

A.B. : Nous faisons des projections commerciales mais nous n’avons pas vraiment d’objectif en termes de chiffre d’affaires. Nous nous concentrons surtout sur les nouvelles fonctions qui méritent d’être ajoutées. En tout cas, nous pouvons vous confier que 2025 a été notre plus belle année et que nous devrions dépasser le million d’euros de chiffre d’affaires. Nous sommes rentables depuis le début. En même temps, nous n’avons pas trop le choix car il n’y a aucun fonds extérieur à notre capital.

SBB : Depuis le lancement de Nolio, quel est l’accomplissement dont vous êtes le plus fiers ?

A.B. : C’est difficile de retenir une expérience en particulier. Mais je me souviens notamment de la première fois qu’un coach nous a remerciés en nous expliquant que, grâce à Nolio, il pouvait enfin se concentrer sur les missions qui le passionnent vraiment, plutôt que de passer du temps sur des tâches chronophages.

F.D. : En tant qu’athlète, Alexandre et moi n’en pouvions plus des échanges avec les coachs. Ça partait dans tous les sens. Il fallait envoyer des mails, remplir des fichiers Excel… Je suis très content d’avoir réussi à gommer une partie de ces difficultés en facilitant le quotidien des sportifs et des entraîneurs. Quand on reçoit un “merci” sincère des utilisateurs, on sait pourquoi on travaille.

« Quand on regarde certaines fonctionnalités qu’on a vendues à des coachs à nos débuts, on a honte »

SBB : Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur souhaitant se lancer dans la sportech ?

A.B. : Je pense qu’il faut oser se lancer en restant un peu naïf même si au début le produit n’est pas parfait. Pour être honnête, quand on regarde certaines fonctionnalités qu’on a vendues à des coachs à nos débuts, on a honte ! Mais petit à petit, nous avons réussi à améliorer notre solution et à proposer un logiciel qualitatif.

 F.D. : C’est vrai que la première version du produit n’était vraiment pas très belle ! Mais sept ans plus tard, nous avons développé une plateforme qui ressemble à quelque chose et les retours des utilisateurs sont positifs.

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