Interview Paul Guinard – L’équipementier français NOLT renforce sa crédibilité avec trois nouveaux partenariats

Crédits photo : @NOLT

Six ans après sa création, l’équipementier français écoresponsable NOLT annonce trois accords structurants avec des fédérations et un événement international.

L’équipementier français NOLT poursuit sa progression dans l’univers du sport. La marque fondée en 2020 par Paul Guinard et Olivier Guigonis a officialisé mardi trois nouveaux partenariats depuis le Salon européen du marketing sportif (Sportem), organisé au Parc des Princes. Avec la Fédération française handisport, les Jeux du Pacifique Tahiti 2027 et la Fédération cubaine de rugby.

NOLT devient équipementier officiel des équipes de France de para-football jusqu’en 2029. Le contrat couvre le cécifoot, le football fauteuil électrique, le football sourds et le football amputés. Au total, 83 joueurs et 40 membres de staff seront équipés.

« Ensemble, nous voulons faire grandir ces pratiques, faciliter l’équipement de tous nos clubs grâce à une offre accessible et responsable et donner à nos équipes les moyens de briller au plus haut niveau. », souligne Gaël Rivière, président de la FFHandi. Premier rendez-vous dès août avec l’Euro de cécifoot organisé en Alsace, qualificatif pour les Jeux de Los Angeles 2028.

Le Pacifique ciblé

La marque sera également partenaire premium des Jeux du Pacifique Tahiti 2027, où elle équipera 4 500 volontaires et 500 officiels. L’événement constitue une porte d’entrée stratégique vers la zone Pacifique, alors que la Coupe du monde de rugby 2027 et les JO 2028 se tiendront dans la région.

Enfin, NOLT devient équipementier de la Fédération cubaine de rugby, impliquée dans un projet d’académie à La Havane visant la formation de jeunes joueurs et joueuses, avec Brisbane 2032 en ligne de mire.

Pour comprendre les coulisses de ces accords, Sport Buzz Business a réalisé un entretien avec Paul Guinard, cofondateur de NOLT. L’occasion de revenir en détail sur la genèse de ces partenariats, leurs enjeux économiques et la vision long terme de la marque écoresponsable dans le sport.

 

Pour commencer, comment s’est construit le partenariat avec les Jeux de Tahiti 2027 ? Et quelles sont vos attentes en termes de retombées économiques sur ce partenariat ?

Ça s’est construit de manière relativement simple. Gurvan Quéguineur est responsable marketing des Jeux de Tahiti. Il occupait aussi un poste similaire à la Ligue Nationale de Volley.
C’est lui qui, à l’époque, nous avait sollicités quand nous sommes devenus équipementier officiel de la LNV. C’est lui qui est en charge du dossier. Lorsqu’il s’est retrouvé à Tahiti, il nous a envoyé l’appel d’offres. Ça s’est construit d’abord sur un lien humain. Ensuite, comme pour tout projet d’envergure, il y a eu un appel d’offres et nous avons construit une offre solide parce qu’on voulait vraiment devenir partenaire du projet.
Ils voulaient raconter une histoire très forte : faire des Jeux du Pacifique les plus écologiques jamais organisés et devenir une nouvelle norme, comme Paris 2024 l’a fait pour les Jeux Olympiques.

On s’est dit qu’on avait très peu de chances de gagner, mais que ça correspondait exactement à ce qu’on est en train de construire. Et finalement, on a gagné.

C’est un projet global d’à peu près 1 million d’euros.

Quelles sont les perspectives et vos attentes sur les retombées de ce partenariat ?

À très court terme, c’est un partenariat d’envergure en termes de notoriété. Ce qu’on attend, c’est un héritage.
Pour nous, ce partenariat est l’occasion de pénétrer la zone Pacifique et d’exister dans une zone qui devient très importante pour le sport mondial : JO de 2032 à Brisbane, la Coupe du monde de rugby… il y a un vrai sujet sur cette zone.

Et Tahiti, c’est 300 000 habitants, mais c’est un territoire extrêmement sportif, avec beaucoup d’associations sportives. Il y a aussi une équipe tahitienne qui joue la Ligue des champions du Pacifique. Il y a un vrai dynamisme sur les sports collectifs, sur le football.

C’est certes loin de nos bases, mais c’est une occasion en or d’internationaliser NOLT sans partir sur des projets hors sujet pour nous. Là, ça reste la France. On échange assez facilement et de manière transparente avec les équipes du comité d’organisation.

Vous pouvez citer quelques chiffres sur ce partenariat ?

On équipe plus de 5 000 personnes. Il y a une grosse partie en dotation, mais il y a aussi de l’achat. C’est un projet global d’à peu près 1 million d’euros. C’est un énorme projet, à notre échelle en tout cas.

Mais ce qui va vraiment changer la donne, c’est de réussir, grâce à ce partenariat, à signer des fédérations sportives tahitiennes, et donc des clubs par la suite. C’est là que, économiquement, il y a une vraie opportunité.

La zone Pacifique devient très importante pour le sport mondial : JO de 2032 à Brisbane, la Coupe du monde de rugby…

NOLT devient l’équipementier officiel des équipes de France de para-football sur la période 2026–2029. Pourquoi ce choix ? Et pouvez-vous citer les disciplines qui seront équipées par NOLT ?

La Fédération Française Handisport a lancé ses appels d’offres post-Paralympiades, courant 2025 (été et fin 2025). On a reçu l’appel d’offres pour l’ensemble des sports handisport présents aux Jeux. Nous, on a une volonté stratégique de devenir une marque forte dans le football, donc on s’est positionnés directement et fortement sur l’ensemble du para-football.

Évidemment, il y a le cécifoot, champion paralympique en titre, dont la finale à Paris a été suivie quasiment autant que la finale du 100 m valides : il y a un vrai sujet médiatique. Mais aussi le football fauteuil, où la France est championne du monde, le football sourd, et le football amputé, qui est plus petit.
Cela dit, tu as quand même des clubs comme l’OM ou le Paris FC qui ont ouvert leur section de foot amputé.

Il y avait deux sujets :

  1. être forts dans le football. Pour nous, para-football ou football, c’est du football, ça reste du foot ;

  2. crédibiliser tout ce qu’on fait autour du football en disant : “Attendez, on équipe une fédération.”

Au-delà de la crédibilité, il y a un enjeu concret de notoriété : utiliser l’image de la fédération et travailler avec elle pour capitaliser sur cette notoriété. C’est ce qu’on va faire pendant les 4 prochaines années, avec évidemment Los Angeles 2028 en ligne de mire.

Mais pas que : dès cet été, dans l’Est de la France, à Schiltigheim, il y a le championnat d’Europe de cécifoot organisé en France.
Pour nous, c’est le premier gros rendez-vous où il va falloir raconter l’histoire du cécifoot. Et évidemment, depuis les Jeux de Paris, il y a une dynamique plus forte.

Avec la fédération cubaine de rugby : quel rôle jouera NOLT, et quel est le lien avec le projet d’académie à La Havane ?

C’est un projet intéressant, porté par l’ambassade de France à Cuba. Ils ont plusieurs projets de développement sportif et sociétal. L’un d’eux consiste à aider la fédération cubaine à structurer son projet de rugby à 7, avec l’idée qu’ils puissent viser une participation aux Jeux Olympiques, puisque le rugby à 7 est discipline olympique.

Notre rôle à nous est un rôle d’équipementier pur : on va équiper la sélection masculine et la sélection féminine de rugby à 7.

Ce qui est le plus “cool” pour nous, c’est qu’ils ouvrent en parallèle une académie de formation pour une centaine de jeunes, avec un objectif d’héritage et de pérennisation du projet. Même si les subventions et les politiques peuvent bouger, investir aussi dans une académie pour les jeunes, au-delà des sélections, montre qu’ils se projettent sur le long terme.

Nous allons équiper tous les jeunes du centre et les deux sélections nationales. Dans la boucle, il y a aussi la FFR (Fédération Française de Rugby), qui va accompagner Cuba sur la formation des officiels. Et le Stade Français Paris intègre l’académie dans son réseau de clubs partenaires. C’est une vraie chance pour les jeunes, parce qu’on peut imaginer que les meilleurs puissent venir jouer à Paris.

Au final, tout s’est mis en place de manière très solide. C’est un peu le même sujet que sur le cécifoot : c’est aussi un coup de chance d’avoir reçu l’appel d’offres, soyons honnêtes. C’est la chance que l’ambassade se dise : “On va choisir une marque française.”
Pour nous, c’est une opportunité en or de montrer qu’on sait faire du rugby de haut niveau.

À ce jour, vous avez équipé plus de 1 000 clubs en cinq ans. Quel bilan tirez-vous du marché amateur et semi-pro ?

Au tout début, on parlait beaucoup aux clubs amateurs qui voulaient des équipements éco-responsables. Donc en 2020–2021, on a signé beaucoup de clubs très engagés. Le bilan, c’est que les clubs sont extrêmement dépendants des subventions et des partenaires privés. Ce n’est pas le modèle de licence qui permet de financer les équipements. Mais ce que je retiens aussi, c’est qu’il y a une récurrence très importante dans les achats : un club reste plusieurs années avec son équipementier. Il change, mais pas aussi vite que lorsqu’un particulier achète un maillot et teste une marque. Là, on a vraiment le temps, sur 2–3 ans, de construire des choses.

Changer d’équipementier, c’est un peu un “crève-cœur”, soyons honnêtes, mais c’est un marché intéressant parce qu’il est sur le temps long : tout prend du temps. Les négociations durent un an, parfois deux. Plus c’est professionnel, plus c’est long. Et ensuite, quand c’est en place, on part sur des cycles de 24, 36 ou 48 mois.

Donc oui, l’argent reste souvent le facteur numéro 1 : tu paies tes équipements. Je te parle surtout du sport amateur et semi-professionnel.

Mais c’est aussi un marché qui s’est premiumisé sur la communication et les visuels. Parfois, le sport amateur va te choisir, toi NOLT, marque moins connue, parce que tu proposes un shooting photo des maillots. Tu peux gagner sur des terrains peu attaqués par les gros distributeurs.

Parce qu’au final, ceux qui ont la plus grande part de marché, ce sont les distributeurs “à l’ancienne”, type Intersport. Ça, ça n’a pas trop changé.

Nous, on arrive avec une offre très digitale. On sent que notre offre commence à trouver ses clients, mais on a encore de la route : les présidents de clubs ont souvent entre 35 et 45 ans, une génération très connectée. On a plus de difficultés à parler à une génération qui travaille avec la distribution depuis 25 ans et qui voit moins ce qui a changé.

Les outils digitaux, les habitudes des réseaux sociaux, l’envie de faire de beaux shootings photo… ça arrive, on le voit. C’est assez impressionnant. On est sur un momentum : les habitudes évoluent. Mais attention, ce n’est pas encore la majorité. Moi, c’est ma majorité parce que c’est ce que je vis au quotidien, mais quand on parle à d’autres acteurs, on en est encore loin.

En 2025, le chiffre d’affaires est autour de 1,2 à 1,3 million d’euros.

Vous pouvez citer quelques clubs emblématiques que vous avez équipés depuis le début ou ces dernières années ?

Oui, on a des clubs emblématiques “à notre image”. Il y a un club en Belgique qui s’appelle le FC Apicoles (Football Club Apicoles). C’est à la fois lié à l’apiculture, parce que les revenus sont réinvestis dans des ruches, et à la fois à l’aspect festif de “l’apicol”.

C’est du foot amateur belge, à côté de Liège. On travaille avec eux depuis le début. On a refait un maillot événement avec eux, et l’ensemble des fonds a été reversé à une association pour la protection des abeilles.

Pour moi, c’est typiquement un club emblématique de ce qu’on construit chez NOLT : c’est plus que du football. Le football est un prétexte, concrètement.

Où en est aujourd’hui le projet du “maillot à l’infini” ?

Il avance bien. On n’a pas communiqué parce qu’on est sur la toute fin du projet. On prévoit de sortir les premiers maillots “à l’infini” cet été.

On travaille en ce moment même à la façon dont on va dévoiler ces premiers maillots, 100 % réalisés à partir du recyclage d’anciens maillots.

L’idée, c’est de permettre, dès la saison prochaine, à quelques clubs de devenir ambassadeurs : leur proposer des équipements recyclables à l’infini, avec un modèle unique de location du maillot, où le club n’achète plus le maillot mais le loue.

Tout ça sera révélé dans quelques mois. On commence étape par étape, avec quelques clubs, et l’objectif, c’est qu’en 2027–2028, ce soit une offre déployée à plus grande échelle.

Quelques chiffres : combien de personnes composent l’équipe NOLT, et quel chiffre d’affaires en 2025 ?

On est une vingtaine dans l’équipe. En CDI, on est plutôt une quinzaine.

En 2025, le chiffre d’affaires est autour de 1,2 à 1,3 million d’euros. Et on se projette sur un chiffre d’affaires qui pourrait dépasser 2 millions d’euros en 2026.

Vous avez annoncé une levée de fonds en novembre 2025. Quelles ont été les premières priorités d’investissement et quelles sont les prochaines étapes d’utilisation des fonds, dans la mesure de ce que vous pouvez partager ?

 Je peux te dire ce qui a été réalisé. On a recruté dans chaque équipe : produit, commercial, marketing… un à deux postes par équipe. On est passé d’une équipe début 2025 à une équipe début 2026 qui n’a pas doublé, mais pas très loin. On a recruté des profils seniors, et aussi des profils externes en freelance sur la tech, même si aujourd’hui on n’aime pas trop dépendre de ça. Et on a ouvert une petite équipe à Paris.

Le focus de cette levée de fonds, c’était de structurer l’équipe, de franchir un cap : on était six ou sept il y a un an et demi. Le recrutement a été un gros chantier sur l’année 2025, et on a même pris un peu d’avance sur la levée. Il y a aussi un sujet tech : on a lancé notre configurateur 3D, la V2 est sortie en janvier, et on travaille sur une nouvelle version, boostée à l’IA, qui sortira dans quelques semaines. C’est un gros développement.

On est convaincus que ces outils technologiques vont nous permettre de développer la marque très vite, sans devoir passer à 150 salariés en deux ans.

Aujourd’hui, on cherche surtout des clubs avec une identité forte

Vous avez toujours l’objectif d’équiper un club professionnel. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

On discute. C’est long avec les clubs amateurs, et c’est long aussi avec les clubs pros. Au-delà de la dimension financière, il y a une dimension humaine : il faut se rencontrer, se connaître, s’apprivoiser, construire des projets communs.

Aujourd’hui, on cherche surtout des clubs avec une identité forte. Pas forcément les clubs les plus haut placés en Ligue 1 ou en Coupe d’Europe, mais des clubs avec un caractère. Et on n’est pas les seuls à les rechercher. Ils ne sont pas si nombreux, et beaucoup de marques discutent avec eux.

À l’échelle de NOLT, c’est toujours pareil : c’est le premier qui nous fera confiance. Comme Tahiti nous a fait confiance. Comme Cuba. Comme la Fédération française handisport. Il y en a dix qui disent non, et parfois il y en a un qui dit oui. Il faut multiplier les pistes.

Si on se projette à 2030, qu’aura réussis NOLT si votre vision se réalise pleinement ?

 Si on se projette à 2030, donc dans 5 ans, on sera un équipementier connu et reconnu au niveau européen. Aujourd’hui, dans le football, il y a une petite dizaine de marques qu’on connaît tous. Il y a quelques nouveaux entrants, mais c’est très rare. Dans cinq ans, j’espère qu’on sera parmi eux.

Et qu’on sera un peu le Patagonia du teamwear. Quand tu penseras à l’équipementier le plus éco-responsable du monde, tu penseras à NOLT.

Là, je pense qu’on sera tous très contents : on aura prouvé que tu peux avoir un modèle responsable, drivé par l’impact, tout en équipant des équipes qui jouent avec des champions. C’est un peu ça qu’on essaie de “craquer” aujourd’hui.

À lire aussi : NOLT lève 1,7M€ pour bâtir le premier équipementier digital et circulaire au monde

Restez au courant des nouvelles les plus importantes du sport business

Dans votre boite e-mail (1 fois par semaine).