Interview – « Entreprendre dans le sport » : Zakaria Mansour, cofondateur de Bsport

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Bsport est une plateforme tout-en-un de gestion et de marketing dédiée aux studios. Zakaria Mansour, fondateur et CEO, dévoile à Sport Buzz Business les contours de cette entreprise qui constitue l’une des plus belles réussites de la sportech française.

Sport Buzz Business : Pouvez-vous présenter votre parcours professionnel avant le lancement de Bsport ?

Zakaria Mansour : J’ai fait une classe préparatoire au lycée Henri IV avant d’intégrer l’ESCP, une école de commerce. J’ai par la suite travaillé un an en conseil, puis un an en start-up, dans une entreprise SaaS spécialisée dans la relance de paniers abandonnés. Ensuite, je me suis associé avec Sofian, actuel CTO, que j’avais rencontré à l’ESCP, pour fonder Bsport à Paris en 2018.

SBB : Pouvez-vous présenter Bsport et sa proposition de valeur ?

Z.M. : Bsport est une plateforme tout-en-un de gestion et de marketing dédiée aux studios (fitness, yoga, Pilates, boxe…). Elle permet de centraliser l’ensemble des opérations : gestion du planning, réservations, gestion automatisée de la paie, paiements via une intégration avec Stripe… La solution intègre aussi une dimension marketing, avec des outils pour que les studios communiquent facilement avec leur communauté, automatisent certaines campagnes et améliorent la fidélisation.

Démo Bsport - Tableau de bord pour un studio de fitness
Démo Bsport – Tableau de bord pour un studio de fitness

SBB : Quel fut le déclic qui vous a poussé à fonder Bsport ?

Z.M. : Le marché était dominé par des acteurs américains assez vieillissants et les besoins des professionnels du secteur augmentaient, que ce soit en termes d’expérience client ou encore de rétention client. Le marché devenait mature mais restait faiblement équipé puisqu’aucune plateforme ne correspondait réellement aux besoins du secteur.

SBB : Combien de clients compte Bsport ?

Z.M. : Aujourd’hui, nous accompagnons environ 3 200 studios clients. Un tiers est basé en France, 20 % en Allemagne, 15 % au Royaume-Uni, 10 % en Europe du Sud, avec également une présence en Australie et aux États-Unis. Au total, cela représente près de 700 000 à 800 000 utilisateurs finaux. Nos clients sont majoritairement issus du yoga et du Pilates. Ces deux sports représentent plus de la moitié de nos clients. Ce sont des disciplines en plein essor, aussi bien à Paris qu’en région, avec une accélération notable depuis le Covid. Nous travaillons également avec des studios de sports de combat, toujours dans une logique de pratique loisir et commerciale, plutôt que dans un cadre associatif.

« Le yoga et le Pilates représentent plus de la moitié de nos clients »

SBB : Envisagez-vous d’adresser des clubs de sport hors studio ?

Z.M. : Nous souhaitons rester pleinement concentrés sur les studios, qui constituent notre cœur de métier. Nous ne voulons pas nous disperser en adressant d’autres typologies d’acteurs, comme les clubs généralistes ou les coachs indépendants.

SBB : Combien de collaborateurs composent l’équipe ?

Z.M. : Nous sommes aujourd’hui près de 200 collaborateurs, dont environ 15 % sont basés à Paris. Nous disposons également de bureaux à Barcelone, Londres et Berlin.

SBB : Pourquoi avez-vous ajouté un module marketing à votre solution de gestion ?

Z.M. : Nous travaillons avec des studios qui fonctionnent en pay-as-you-go, c’est-à-dire avec un paiement à la séance ou via des crédits plutôt que par abonnement classique. Notre objectif est à la fois de fluidifier et d’accélérer le processus de réservation des utilisateurs finaux, mais aussi de les fidéliser pour optimiser le taux de remplissage des studios.

SBB : Quel est le business model de Bsport ? Comment la plateforme génère des revenus ?

Z.M. : Notre business model repose principalement sur un abonnement SaaS, dont le tarif varie en fonction du pays, du type de studio et des options choisies. Nous proposons également un service de paiement intégré : environ 500 millions d’euros de volume de paiements transitent chaque année par notre plateforme. Cela nous permet de négocier des partenariats, notamment avec Stripe, et de générer une marge sur les paiements. Mais le cœur de notre business model reste l’abonnement SaaS.

« Environ 500 millions d’euros de volume de paiements transitent chaque année par notre plateforme »

SBB : Quels sont vos principaux concurrents ? Comment Bsport se distingue des autres acteurs présents sur le marché ?

Z.M. : Au niveau mondial, notre principal concurrent est Mindbody, qui compte environ 20 000 clients. Nous avons également un concurrent allemand qui s’appelle Eversports et d’autres acteurs plus modestes selon les pays. Ce qui nous distingue, c’est la richesse de notre solution : nous offrons davantage de fonctionnalités et de possibilités de paramétrage. Notre plateforme est très complète.

SBB : Est-ce que Bsport est rentable ? Quel est le chiffre d’affaires de l’entreprise ?

Z.M. : Nous avons réalisé 12 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Nous visons une croissance entre 60% et 80% tous les ans. Nous ne sommes pas encore rentables, car nous sommes aujourd’hui dans une phase d’hypercroissance.

« Nous visons une croissance entre 60% et 80% tous les ans »

SBB : Avez-vous finalisé une ou plusieurs levées de fonds depuis votre lancement ?

Z.M. : Entre fin 2020 et début 2021, nous avons levé environ 1,3 million d’euros, puis 3 millions d’euros en 2022 auprès de Seventure Partners, avant de réaliser un tour de table de 30 millions d’euros en 2024 avec un fonds américain et un fonds britannique. Nous disposons encore de suffisamment de cash aujourd’hui donc nous ne procéderons pas à un nouveau financement en 2026. Nous réévaluerons la situation en 2027.

SBB : Dans le lancement de votre entreprise, avez-vous été soutenu par un incubateur, un accélérateur ou un réseau d’entrepreneurs ?

Z.M. : Nous avons rejoint au tout début l’accélérateur Wilco. Il s’agit de la seule structure qui nous a accompagnés.

SBB : Quel est l’accomplissement dont vous êtes le plus fier depuis le lancement de Bsport ?

Z.M. : L’accomplissement dont je suis le plus fier, c’est d’avoir fait grandir l’entreprise avec des profils majoritairement juniors, qui nous ont rejoints très tôt et ont évolué avec nous. Nous avons réussi à construire et à faire croître la boîte avec les mêmes équipes. Je suis également fier de la vitesse d’exécution que nous avons su maintenir, notamment pendant la période du Covid, face à des concurrents beaucoup plus financés que nous. Nous avons réussi à accélérer tout en gardant les pieds sur terre dans notre rythme de croissance.

« Il faut éviter de se laisser uniquement guider par les besoins des utilisateurs, qui ne servent pas toujours les enjeux business »

SBB : Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur souhaitant se lancer dans la sportech ?

Z.M. : Le premier conseil, c’est de réfléchir avant tout à son business model. Il ne faut pas entreprendre uniquement par passion, mais s’assurer qu’il existe un réel besoin côté clients. Ensuite, il est essentiel de bien distinguer le client de l’utilisateur : la personne qui utilise l’outil n’est pas toujours celle qui le paie. Il faut donc éviter de se laisser uniquement guider par les besoins des utilisateurs, qui ne servent pas toujours les enjeux business. Enfin, dans la sportech, on peut vite se laisser porter par la passion et l’énergie du secteur. Il faut rester lucide sur son impact et garder le cap sur sa mission initiale, sans se laisser détourner par des opportunités qui pourraient en diluer le sens.

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