Interview – Pierre Moreau (Athvance Capital) : « La taille du fonds, c’est 60 M€. Nous investissons dans des actifs (clubs, ligues, événements). »

Le monde du sport attire de plus en plus de fonds d’investissement qui participent à structurer le secteur. Entre l’émergence de nouvelles ligues, l’évolution des droits TV et l’arrivée d’innovations technologiques, l’industrie du sport business connaît aujourd’hui une transformation rapide.
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Pierre Moreau, Managing Director de Athvance Capital.

Dans ce contexte, Athvance Capital se positionne comme un fonds nouvelle génération dédié au sport en Europe, avec l’ambition de combiner investissements dans les propriétés sportives et accompagnement de sociétés technologiques au service de la performance des organisations sportives, à la fois sur et en dehors des terrains. 

Pour mieux comprendre cette stratégie, Sport Buzz Business a échangé avec Pierre Moreau, Managing Director de Athvance Capital.

Dans cet entretien, il revient sur son parcours, la stratégie d’Athvance Capital, l’intérêt croissant des investisseurs pour le sport et les grandes tendances qui pourraient façonner l’industrie dans les années à venir.

Sport Buzz Business : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Pierre Moreau : Je m’appelle Pierre Moreau. Je suis aujourd’hui Managing Director de Athvance Capital, un fonds nouvelle génération dédié au sport en Europe. Avant, j’ai travaillé chez LVMH sur les Jeux de Paris 2024 (volet sport). Juste avant, j’étais chez Jellysmack (entreprise tech créée par trois Français, leader mondial dans la creator economy). Et avant ça, j’ai été entrepreneur pendant presque 10 ans.
En parallèle, j’anime le podcast Dream Team, où je reçois des personnalités du sport business (souvent en France). Ce podcast m’a donné une audience, une crédibilité, et m’a permis de comprendre l’écosystème. C’est un projet parallèle qui m’a aidé à réaliser mon objectif de travailler dans le sport.

 

SBB : Vous pouvez citer quelques épisodes marquants ?

P.M. : J’ai plus de 200 invités, et ça fait plus de 5 ans. Récemment, l’épisode avec Ugo Valensi (CEO de World Volleyball) m’a marqué : sérénité, calme, intelligence. Côté nostalgie, Patrick Chêne (Stade 2, Sporever) : près de deux heures, une vraie pause sur sa trajectoire. Et j’ai aussi reçu Amélie Oudéa-Castéra : j’ai beaucoup aimé l’épisode et aussi la force, l’exigence et la détermination qu’elle dégage.

 

SBB : Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre Athvance Capital ?

P.M. : Plusieurs choses. J’ai été entrepreneur, donc j’étais du côté de celui qui allait chercher des fonds et qui était en train de construire ses entreprises. Mon expérience d’opérateur chez Jellysmack (creator economy) et mon passage chez LVMH m’ont donné une bonne vision d’écosystème. Après LVMH, j’envisageais de repartir sur un projet entrepreneurial.
J’ai rencontré Danny Menken, cofondateur du fonds, et le feeling a été très bon. Ensuite j’ai rencontré Karim Ben Rejeb (plus de 20 ans comme banquier d’affaire et ancien Managing Director de J.P. Morgan à Paris). Ils avaient besoin d’un profil comme moi : à la fois strat’ mais qui comprend très bien l’opérationnel, complémentaire de Danny (réseau, opportunités) et Karim (ingénierie financière, M&A). J’étais aligné avec la stratégie, et je cherchais aussi le frisson du démarrage.

 

La taille du fonds, c’est 60 M€

 

SBB  : Votre mission principale dans ce nouveau rôle

P.M. : Pour comprendre mes missions, il faut comprendre Athvance Capital. C’est un fonds evergreen, européen dédié au sport, avec une ambition de fonctionner comme un groupe industriel.
La thèse consiste à combiner des investissements dans des IP (droits sportifs, clubs, événements, ligues) et des boîtes de technologie et de services qui améliorent la performance “on the pitch” (data, nutrition, etc.) et “off the pitch” (ticketing, betting, arena management, engagement des fans… ).

Mes missions :

  • Orchestrer la levée de fonds : contact investisseurs, conviction, construction de decks, suivi relationnel, et ensuite toute la partie administrative/compliance pour accueillir les investisseurs
  • Orchestrer la logique “groupe” et créer des synergies entre les actifs / sociétés du portefeuille (avec des dirigeants déjà solides dans les structures).
  • Operationnaliser les investissements : lecture stratégique et opérationnelle, due diligence (notamment le volet stratégique/opérationnel).
  • Des sujets transverses : par exemple recrutement d’un Mmanaging Ddirector pour une des sociétés du portefeuille et accompagnement de la prise de poste.

« Beaucoup d’acteurs se positionnent sur des “trophy assets”, nous préférons des actifs sous-capitalisés avec un fort potentiel de transformation. »

 

SBB : Votre thèse d’investissement : quelles typologies d’actifs/entreprises, et quelle est la taille du fonds ?

P.M. : La taille, c’est 60 M€.
On investit sur de l’IP (clubs, ligues, événements). Beaucoup d’acteurs (fonds US, fonds souverains, CVC, etc.) se positionnent sur des “trophy assets” (tier 1) avec des tickets d’entrée très élevés. Nous, on pense qu’il y a une grosse création de valeur sur des assets “tier 2 / tier 3” sous-commercialisés, sous-capitalisés, sous-industrialisés, avec un besoin d’innovation et de management.
L’idée : brancher une “suite” de services/outils (sponsoring, merchandising, data analytics, etc.) pour faire monter la performance économique et opérationnelle de ces actifs sur le long terme (5, 10, 15 ans), avec un point d’entrée plus bas.
On développe une approche multi-club (Estrella Football Group) en investissant dans des clubs de ligues inférieures pour l’instant sur le football mais cette logique et les outils mis en place peuvent se déployer sur d’autres sports.

On investit aussi dans des formats émergents et des ligues nouvelles génération, en lien avec les nouveaux usages et une meilleure diversification des revenus (ne pas dépendre uniquement des droits broadcast), avec une taille plus raisonnable.

 

Estrella Football Group

 

SBB : Côté startups/entreprises : quelles sont, à ce jour, les entreprises dans votre portefeuille ?

P.M. : Sur la branche tech/services, on a investi dans un startup studio : ve2.ventures (basé à Amsterdam). Un startup studio investit, accélère et parfois crée des entreprises. Les idées peuvent venir des entrepreneurs ou du studio.
Exemple : PadelPlay, un capteur que tu mets sur ta raquette de padel (type “Oura/Whoop du joueur de padel”) qui analyse le jeu et de donne toute la data, avec une logique gamification/social à venir, déjà du revenu et des prix d’innovation glanés un peu partout en Europe. .
Et sur un autre sujet, on travaille aussi sur un investissement plus mature (plusieurs millions d’euros de CA, rentable) dans la génération de contenu pour les réseaux sociaux.

 

padelplay
PadelPlay.ai

SBB : Comment expliquez-vous l’intérêt croissant des fonds d’investissement dans le sport ?

P.M. : Le sport est un actif structurel : on continuera à faire du sport et à regarder des compétitions, parce que c’est profondément humain et d’ailleurs peut être un des derniers bastions de ce que j’appelle l’humanité radicale.
Avec les évolutions technologiques, il y a un boom du “temps pour soi” : santé (dont sport) et du divertissement. Le sport, c’est du live, de l’émotion partagée, de la connexion humaine, ce que les plateformes de streaming ne remplacent pas. Cette rareté de l’émotion humaine peut créer de la valeur sur le long terme.
Il y a aussi la dimension “héritage” : investir dans un club, c’est investir dans une marque qui a une histoire, une empreinte, un ancrage territorial. Derrière, on peut diversifier les revenus (merchandising, expériences, nouveaux services) et augmenter ce qu’on appelle en jargon marketing la “life time value” du fan. Il faut garder le romantisme du sport, tout en acceptant que c’est aussi une industrie avec des entreprises, des emplois, et donc des besoins d’outils et de pérennité économique.

 

Le sport, c’est du live, de l’émotion partagée, de la connexion humaine, ce que les plateformes de streaming ne remplacent pas.

 

SBB : Comment la France est positionnée en Europe sur l’investissement sport ?

P.M. : La France s’est structurée, notamment via l’impulsion de la Sportech. Il y a eu un moment important avec Sorare, mais depuis, moins de gros tickets “emblématiques”. Le tissu d’investissement reste récent et fragmenté, même si beaucoup d’entreprises se sont créées et ont profité de l’élan Paris 2024.
L’enjeu pour les boîtes françaises est d’être rapidement internationales, surtout dans un contexte de contraction post-Jeux. La France a des atouts et sait créer des écosystèmes, mais le sujet financement/investissement reste une limite comparée à d’autres pays (UK/Allemagne notamment).

 

SBB : Quelles sont, selon vous, les grandes tendances du sport business dans les 5 prochaines années ?

P.M. : Le sport (pratique et spectacle) a de très beaux jours devant lui, car il est au croisement de la santé, du divertissement et du live experience.

Les grandes tendances :

  • IA + objets connectés : captation de data, traitement, hyper-personnalisation (nutrition, entraînement), et plus largement santé personnalisée, où le sport joue un rôle clé, y compris sur le lien social.
  • Baisse massive des coûts de création d’outils/applications (Claude code, Replit, Chat GPT, et tous les nouveaux outils de développement) : des clubs plus petits, des ligues émergentes, des structures.

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