Julien Absalon : « Quand on a passé 20 ans dans son sport, on est un peu dans un monde parallèle »

Julien Absalon dans le siège de l'entreprise Origine, dont il est ambassadeur, près de Valenciennes. Crédit photo : Origine.

Il possède l’un des plus beaux palmarès du sport français. Julien Absalon, 45 ans, deux médailles olympiques, cinq titres de champion du monde et d’Europe, a rangé son VTT pour enfiler une paire de baskets. Sa nouvelle discipline, c’est le trail. Il participe du 3 au 11 avril au prestigieux Marathon des sables dans le désert marocain. Il raconte à Sport Buzz Business sa reconversion et ses projets avec des marques de l’univers outdoor. Le vélo n’est jamais très loin.

Sport Buzz Business : A la fin de votre carrière, en 2018, vous aviez lancé votre propre équipe. Pourquoi l’aventure s’est arrêtée ?

Julien Absalon : Cela m’a permis de rester dans le milieu que je connaissais bien et de continuer à vivre aussi les émotions de la compétition de l’autre côté. Puis j’avais aussi envie de voir d’autres horizons puisque j’ai passé 20 ans de ma vie en tant que coureur puis ensuite cinq ans en tant que manager. Je suis toujours vraiment fan du VTT de compétition, je suis toujours l’actualité et les résultats mais j’avais besoin aussi de découvrir d’autres univers. Alors ça reste beaucoup dans le milieu du sport mais dans le sport outdoor et le trail.

La recherche de sponsors vous avait fatigué ?

Je suis fier d’avoir dirigé une équipe privée, qui m’appartenait entièrement, et d’avoir rivalisé avec des grandes équipes de marques puisque la dernière année de l’équipe en 2023, on termine 4e au classement mondial mixte, 1er au classement mondial chez les garçons et face à moi, j’avais des équipes de marques comme Specialized ou Cannondale mais ça commençait à devenir dur. Je prenais plus en plus de risques financièrement puisque le business model, c’était d’aller chercher les coureurs, de leur proposer des contrats et ensuite de vendre le projet à des sponsors. Plus l’équipe grandit, plus les risques financiers sont importants. Si jamais je n’arrivais pas à vendre mon projet à des sponsors, j’étais quand même déjà engagé avec des contrats avec des coureurs et j’étais obligé de les payer. Je n’avais pas la flexibilité financière d’une grande marque.

C’était très intéressant à apprendre, ça m’a mis dans le monde du business très rapidement, immédiatement après l’arrêt de ma carrière. Il a fallu que j’apprenne en  accéléré, que je fasse des erreurs aussi forcément. Quand on a passé 20 ans dans son sport en tant que coureur compétiteur, on est un peu dans un monde parallèle. Il fallait apprendre à revenir dans le vrai monde du business qui n’est pas un monde facile. Après avoir eu des années à dominer mon sport, à faire quelque chose dont j’étais expert, je me suis retrouvé à faire des choses diverses et variées pour lesquelles j’étais débutant. 

Et le passage au monde du trail, qui est devenu très tendance, il remonte à quand ?

J’ai intégré le trail et la course à pied dans les deux dernières années de ma carrière puisque mon sport devenait de plus en plus explosif et les durées de course de plus en plus courtes, donc des intensités plus élevées. L’idée de la course à pied, c’était d’aller casser un peu de la fibre musculaire, d’aller travailler de l’explosivité et donc ça me plaisait bien.

Lorsque je me suis lancé dans l’équipe, j’avais beaucoup moins de temps pour m’entraîner puisque je devais être plus devant un ordinateur et j’avais moins de temps mais j’étais toujours très très dépendant à l’activité sportive, au sport, donc il me fallait ma dose de sport, ma dose d’endorphine. La course à pied, ça permet d’avoir sa dose plus rapidement, parce qu’en une heure de course à pied, on peut vraiment rentrer rincé alors qu’en une heure de vélo, on ne fait rien.

On a juste besoin d’une paire de baskets, un short, un t-shirt, alors que le vélo, forcément, il faut du matériel, il y a aussi la phase de préparation du vélo. Si on va faire du VTT, il faut le nettoyer, ça prend plus de temps. Maintenant, je fais du trail running sur des distances longues, je me surprend à faire des entraînements en course à pied beaucoup plus long que ce que je faisais lorsque j’étais coureur pro.

Vous n’aviez pas imaginé que ça puisse devenir une opportunité de business ? Vous collaborez aujourd’hui avec Alltricks et Hoka pour leur Team Trail…

 C’était vraiment par plaisir et je considère toujours que je fais du sport par plaisir. Depuis que j’ai arrêté ma carrière pro, je ne suis plus athlète, je suis sportif, alors je reste compétiteur dans l’âme, mais je ne me considère plus comme un athlète professionnel. Je suis un sportif qui commence à être bien éclairé en trail, mais c’est ça aussi qui m’a amusé et qui m’a motivé dans le trail, c’est de me lancer dans un sport en tant qu’amateur, en tant que débutant et d’apprendre énormément et de progresser. Après 20 ans dans mon sport que j’ai fait à haut niveau, que je connaissais totalement par cœur, j’ai débuté quelque chose où je devais apprendre et être un simple débutant.

Pour le Team Trail dont vous parlez, on a fait notre premier stage en mars avec cinq candidats retenus, trois hommes et deux femmes. On a eu notre premier rassemblement, on a fait les photos, on a donné le matériel et les dotations. Je suis là en tant qu’expert du sport de haut niveau, même si le trail n’était pas ma discipline. L‘idée, c’est de pouvoir leur donner des conseils sur tous les domaines de la compétition de haut niveau.

Julien Absalon, en 2008, chez lui, à Raon Aux Bois. Il présente à tous les habitants sa médaille d’or obtenue aux Jeux de Beijing. Crédit photo : Francis DEMANGE/Gamma-Rapho via Getty Images

Vous allez aussi organiser avec votre frère vos propres stages de VTT à partir de juin, l’expérience de votre équipe ne vous a donc pas dégoutté de l’entrepreneuriat ?

Non, ça n’a pas été un regret. J’ai eu ma première vie de coureur puis de manager. La dernière année de mon équipe, j’ai fait 220 jours de déplacement dans l’année. Donc 220 jours loin de la maison. Je suis aujourd’hui sur ma troisième vie puisque je travaille en tant que freelance pour des marques dans le milieu du vélo et du running (Alltricks et Hoka).

Que faites vous concrètement aujourd’hui pour ces marques ?

Je suis ambassadeur, consultant et développeur produit. Ces marques sont mes clients. Mon plus gros client est Ekoï. Ils réalisent des accessoires cyclistes, donc textiles, casques, lunettes, chaussures, et en plus, leurs bureaux sont à Fréjus, pas très loin de chez moi. C’est très pratique pour discuter avec les ingénieurs et tester les produits.

En plus d’Ekoï, vous collaborez aussi avec une autre marque française, Origine…

C’est important pour moi de signer avec une marque française, qui reste aussi une jeune entreprise à taille humaine. Les vélos sont fabriqués à Rouvignies, près de Valenciennes. C’est un concept très particulier puisque l’acheteur peut personnaliser intégralement son vélo.

Vous êtes invité sur la 40ème édition du Marathon des sables au milieu d’autres athlètes prestigieux dont la course est la spécialité. Pourquoi avoir accepté ce nouveau défi ?

Passer huit jours dans le désert, six étapes au total en autosuffisance, c’est avant tout une grande aventure, et puis découvrir aussi le désert.  C’est un terrain de jeu totalement inconnu, je n’ai jamais mis les pieds dans le désert. Je m’étais toujours dit que cette course ressemblait à un enfer et les amis qui y ont participé étaient unanimes. J’ai hâte de voir comment mon organisme va réagir à l’enchaînement des étapes.

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