Interview – « Entreprendre dans le sport » : Victor Dequidt, cofondateur d’Ochy

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Ochy est une plateforme qui utilise l’IA pour analyser la foulée des coureurs à partir d’une vidéo, afin d’améliorer leurs performances et de limiter les risques de blessure. Pour Sport Buzz Business, Victor Dequidt présente cette start-up rennaise qu’il a fondée en 2021 avec deux sportifs de haut niveau.

Sport Buzz Business : Pouvez-vous présenter votre parcours professionnel avant le lancement d’Ochy ?

Victor Dequidt : Diplômé d’Epitech Paris, j’ai débuté ma carrière dans plusieurs agences de développement tout en réalisant des missions en freelance. Parallèlement, j’ai entrepris deux voyages qui ont profondément marqué ma vision de la vie. En 2018, j’ai parcouru six mois à pied de Strasbourg jusqu’en Norvège, soit 4 000 kilomètres, uniquement avec ma tente. Puis, en 2020, j’ai réalisé un trajet de 2 000 km le long de la côte bretonne, avant de m’installer à Rennes. Ces expériences m’ont fait comprendre que j’aimais entreprendre et créer des projets ambitieux alignés avec mes passions, et que je voulais lancer ma propre entreprise. J’ai alors rencontré Khaldon Evans et Perrine Chapot, deux sportifs de haut niveau à l’origine de l’idée d’Ochy. Khaldon, ancien athlète professionnel spécialiste du 400 mètres, s’était blessé et avait pu bénéficier d’analyses et d’accompagnements en laboratoire, normalement réservés aux sportifs de haut niveau, pour optimiser sa récupération. L’idée d’Ochy est née de ce constat : rendre cette technologie accessible à tous les sportifs, et pas seulement aux professionnels.

« En 2018, j’ai parcouru six mois à pied de Strasbourg jusqu’en Norvège, soit 4 000 kilomètres, uniquement avec ma tente »

SBB : Pouvez-vous présenter Ochy et sa proposition de valeur ?

V.D. : On a lancé Ochy en 2021 à Rennes. L’entreprise compte à ce jour 16 collaborateurs. Ochy, c’est une application mobile et un site web qui utilisent l’IA pour analyser des vidéos et fournir des comptes rendus, à la fois pour améliorer la performance et prévenir les blessures des coureurs. Le principe est simple : on se filme en train de courir, et Ochy analyse la position de chaque partie du corps à chaque image : la tête, les genoux, les pieds, les points critiques… On propose différents types d’analyses en observant un ensemble de foulées pour ne pas se limiter à un instant précis. Grâce à cette analyse, on fournit une évaluation personnalisée de la foulée et on propose ensuite un plan de renforcement musculaire adapté pour améliorer la technique et la performance.

SBB : L’entreprise se limite-t-elle au BtoC ou des professionnels utilisent-ils également la solution ?

V.D. : A l’origine, on partait sur une vision BtoC. Mais rapidement, on s’est rendu compte que nos analyses biomécaniques intéressaient d’autres acteurs que les coureurs particuliers. Aujourd’hui, nos utilisateurs incluent aussi les coachs, pour le suivi de leurs athlètes, et les professionnels de la santé, pour les diagnostics de leurs patients. Et surtout, on collabore avec les magasins de running. On a développé un algorithme qui relie la posture de course d’un client à la paire de chaussures la plus adaptée. On est déjà présent dans plus de 100 magasins à travers le monde. Les clients repartent avec des chaussures parfaitement adaptées à leur foulée, et pour les vendeurs, c’est une vraie valeur ajoutée pour le conseil. On a lancé ce produit il y a seulement trois ou quatre mois, et on en est vraiment fiers !

SBB : Combien d’utilisateurs compte Ochy ?

V.D. : On a dépassé les 140 000 utilisateurs, répartis dans plus de 170 pays. Entre 20 et 30% d’entre eux sont des utilisateurs français. Le running s’est vraiment mondialisé et le produit se diffuse largement. Notre solution s’adresse à tous les profils de coureurs, quel que soit leur niveau. Pour les débutants, c’est un moyen de pérenniser leur pratique. Beaucoup arrêtent à cause d’une mauvaise technique qui entraîne des blessures. Pour les coureurs plus expérimentés, c’est différent : ils atteignent souvent un mur dans leur performance, et travailler la technique de foulée permet justement de franchir ce mur. Il existe déjà des applications pour les plans d’entraînement. Nous sommes complémentaires à ces applications puisque nous nous concentrons sur la dimension technique pure.

« On a dépassé les 140 000 utilisateurs, répartis dans plus de 170 pays »

SBB : Peut-on utiliser Ochy pour un autre sport que la course à pied ?

V.D. : Oui, complètement. On a notamment un partenariat avec la Juventus FC, ce qui montre que la solution peut être utilisée dans d’autres sports, notamment pour prévenir les blessures à l’entraînement. On peut donc imaginer qu’Ochy s’étende à toutes les disciplines où la course occupe une place importante. Sur le long terme, notre vision est claire : démocratiser l’analyse du mouvement dans le sport et la santé. L’idée, c’est vraiment de sortir ces outils du laboratoire pour les rendre accessibles à tous.

SBB : Ochy s’adresse donc aussi aux sportifs professionnels ?

V.D. : Au-delà de notre récent partenariat avec la Juventus FC, nous constatons avec intérêt que des collaborations se développent dans des environnements variés, chacun avec ses propres niveaux d’exigence. Cela confirme non seulement la pertinence de notre technologie, mais aussi notre capacité à répondre à des besoins très différents, du sport de haut niveau à des usages plus larges. Nous sommes particulièrement ravis de voir ces partenariats émerger sur plusieurs secteurs, ce qui vient renforcer notre légitimité et souligner la place que nous pouvons occuper sur ce marché en pleine évolution.

SBB : Les deux autres fondateurs d’Ochy ont la particularité d’avoir été sportifs de haut niveau. En quoi cela influence-t-il le fonctionnement de l’entreprise au quotidien ?

V.D. : Khaldon et Perrine ont en effet évolué à haut niveau sur 400 mètres, en passant tous les deux par le système universitaire américain. De mon côté, j’ai beaucoup pratiqué la marche. On a tous les trois cet ADN commun : se donner corps et âme dans un projet. On partage une vraie culture du sport, de l’engagement et de la performance, qui nous rassemble et qui se ressent dans l’équipe. D’ailleurs, beaucoup de collaborateurs sont eux-mêmes très sportifs : certains font des trails et près d’un quart de l’équipe a déjà couru un marathon !

SBB : Concrètement, comment Ochy utilise l’intelligence artificielle ?

V.D. : Nous utilisons des IA de computer vision. Plusieurs modèles sont impliqués, mais le plus important est celui qui identifie le coureur sur chaque image et analyse son corps, en reconnaissant les différentes parties comme les épaules, les pieds… En tout, l’IA détecte une vingtaine de paramètres du corps. À partir de ces informations, nous pouvons reconstruire le mouvement complet et générer un rapport détaillé sur la foulée du coureur.

SBB : Quel est le business model de Ochy ? Comment la plateforme génère des revenus ?

V.D. : Un abonnement mensuel permet aux coureurs amateurs d’accéder à l’ensemble de nos analyses. Cela représente aujourd’hui près de 60 % de nos revenus. Le reste provient de notre activité BtoB, et notamment de nos partenariats avec les magasins de running. D’ici deux ans, le BtoB devrait représenter environ 80 % de notre chiffre d’affaires.

« D’ici deux ans, le BtoB devrait représenter environ 80 % de notre chiffre d’affaires »

SBB : Quels sont vos principaux concurrents ? Comment Ochy se distingue des autres acteurs présents sur le marché ?

V.D. : Nous n’avons pas de concurrent direct. Il existe bien quelques applications, mais nous avons mené une phase de R&D suffisamment poussée pour asseoir la crédibilité de notre produit d’un point de vue scientifique. Sur le segment des magasins de running, nous pouvons croiser quelques outils de recommandation de chaussures, mais ils restent rares. Le marché est encore en construction, sans acteur dominant. Cela signifie aussi qu’il y a un vrai travail d’évangélisation à mener pour faire comprendre les bénéfices de la biomécanique auprès des coureurs.

SBB : Avez-vous finalisé une ou plusieurs levées de fonds depuis votre lancement ?

V.D. : En janvier 2025, nous avons levé 1,7 million d’euros, après une première levée de 500 000 euros en janvier 2024. Et nous ne comptons pas nous arrêter là. Notre traction à l’international est très forte, notamment aux États-Unis, alors même que nous n’avons encore aucune équipe sur place. Nous pourrions y implanter une équipe d’ici un an.

« Nous pourrions implanter une équipe aux Etats-Unis d’ici un an »

SBB : Dans le lancement de votre entreprise, avez-vous été soutenu par un incubateur, un accélérateur ou un réseau d’entrepreneurs ?

V.D. : Oui, nous avons été accompagnés par plusieurs structures dont l’accélérateur Novapuls, où nous sommes restés deux années. Depuis trois ans, nous faisons également partie du Village by CA. Ces expériences ont été précieuses pour rencontrer d’autres entrepreneurs, recevoir des conseils et entrer en contact avec des personnes pouvant nous aider.

SBB : Quel est l’accomplissement dont vous êtes le plus fier depuis le lancement d’Ochy ?

V.D. : Notre plus grande fierté, c’est d’avoir un produit validé sur le marché et adopté dans de nombreux pays à travers le monde, au-delà des frontières. Nous sommes également fiers d’avoir établi des partenariats avec des institutions prestigieuses comme par exemple Adidas, qui a offert des licences Ochy à sa communauté.

SBB : Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur souhaitant se lancer dans la sportech ?

V.D. : Le conseil le plus important serait de penser à l’international dès le départ. La sportech est un secteur compliqué, et se limiter à un seul marché géographique, comme la France, peut constituer une réelle difficulté.

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