Interview – « Entreprendre dans le sport » : Nizar Melki, cofondateur de SportEasy

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SportEasy est une plateforme de gestion tout-en-un dédiée aux clubs de sport amateur fondée en 2012. Nizar Melki, cofondateur, dévoile à Sport Buzz Business les contours de cette entreprise qui revendique 4,5 millions d’utilisateurs et qui ambitionne de devenir un poids lourd du secteur à l’échelle de l’Europe.

Sport Buzz Business : Pouvez-vous présenter votre parcours professionnel avant le lancement de SportEasy ?

Nizar Melki : J’ai suivi des études d’ingénieur, avec notamment un master en Californie, où j’ai attrapé le virus de l’entrepreneuriat. À la fin de mes études, j’ai effectué un stage chez SAP, une entreprise allemande qui vend des logiciels. J’ai ensuite débuté ma carrière dans le conseil en stratégie. C’est par l’intermédiaire d’un ami commun que j’ai rencontré mon associé, Albin Egasse. Il travaillait lui aussi dans le conseil, mais dans un autre cabinet.

SBB : Pouvez-vous présenter SportEasy et sa proposition de valeur ?

N.M. : SportEasy est un logiciel de gestion tout-en-un dédié aux clubs de sport amateur que nous avons lancé à Paris en 2012. Disponible sur le web ou sur application mobile, il s’adresse à l’ensemble des membres du club : les dirigeants, pour gagner du temps sur les tâches administratives et financières ; les coachs, pour la gestion sportive au quotidien ; et les joueurs ou leurs parents, notamment pour le suivi des présences. La plateforme permet, par exemple, de créer des formulaires d’inscription, de gérer les adhésions et les paiements en ligne, ou encore d’envoyer des notifications pour organiser les entraînements et les matchs. Elle intègre aussi une dimension sociale, avec la possibilité de partager des commentaires, des photos ou de voter pour le joueur ou la joueuse du match.

En complément, nous avons développé un volet dédié au sponsoring. L’outil permet aux clubs de mettre en avant leurs partenaires directement sur leur application, en plus de la visibilité classique (comme sur les maillots), ce qui leur permet de revaloriser leurs contrats de sponsoring. De notre côté, nous mettons également en relation des marques avec des clubs amateurs via des programmes de sponsoring.

Au final, la solution permet trois grands bénéfices : un gain de temps dans la gestion, une meilleure cohésion entre les membres du club, et un soutien financier, grâce à des encaissements plus rapides et à une meilleure valorisation des contrats de sponsoring.

« La solution permet trois grands bénéfices : un gain de temps dans la gestion, une meilleure cohésion entre les membres du club, et un soutien financier »

SBB : Quel a été le déclic qui vous a poussé à créer SportEasy ?

N.M. : SportEasy est né d’un constat très concret. Avec Albin, mon associé, nous étions chacun en charge d’une association de football et nous faisions face aux mêmes difficultés. Gérer un club était une activité particulièrement chronophage pour laquelle il fallait s’organiser avec des outils dispersés : des tableaux Excel pour suivre les joueurs, des échanges d’emails interminables, une page Facebook en parallèle… De son côté, Albin avait commencé à développer une première solution très simple, permettant de répondre « oui » ou « non » à un email pour gérer les présences. Ce projet, encore rudimentaire, nous a rapidement semblé avoir un vrai potentiel. Nous avons alors réalisé que le marché était immense, mais qu’aucun outil n’était réellement adapté aux besoins des clubs amateurs. C’est de là qu’est née l’idée de SportEasy : centraliser, au sein d’une seule interface, tous les outils nécessaires à la gestion d’un club.

SBB : Combien d’utilisateurs compte SportEasy ?

N.M. : 4,5 millions d’utilisateurs ont déjà créé un compte sur la plateforme. Nous comptons entre 20 000 et 30 000 clubs actifs. La solution peut être utilisée à deux niveaux : à l’échelle d’une équipe, ou à celle d’un club entier. Historiquement, SportEasy s’est d’abord développé dans les sports collectifs. Aujourd’hui, le football représente environ 45 % des usages, les autres sports collectifs également 45 %, tandis que les 10 % restants concernent une grande variété d’activités, allant du judo ou du tennis à des pratiques plus inattendues comme les jeux de société, le poker ou même le jeu vidéo. 75 % des utilisateurs se trouvent en France. L’application est disponible en sept langues et s’est notamment implantée dans plusieurs pays européens, dont l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, avec une présence également en Amérique du Nord. Au total, SportEasy compte des utilisateurs dans 150 pays. L’ambition de l’entreprise est de consolider son leadership en France et de devenir le numéro un en Europe dans les trois prochaines années.

SBB : Combien de collaborateurs composent l’équipe ?

N.M. : SportEasy compte 45 collaborateurs. L’entreprise s’appuie sur une équipe tech et produit, une équipe marketing et commerciale, un pôle dédié à l’accompagnement client et une équipe pour gérer les partenariats avec les marques.

SBB : Quel est le business model de SportEasy ? Comment la plateforme génère des revenus ?

N.M. : Nous avons un système d’abonnement, avec une version gratuite et une version payante. Les abonnements représentent environ deux tiers du chiffre d’affaires. Parmi ces abonnements, les offres destinées aux clubs pèsent près de 80 % des revenus, tandis que les abonnements pour les équipes représentent les 20 % restants. Le tarif varie en fonction du nombre de membres. Le dernier tiers du chiffre d’affaires provient des opérations avec les marques. Cela inclut la publicité diffusée sur l’application, des partenariats comme des challenges sponsorisés, ainsi que les programmes de sponsoring.

« Les abonnements représentent environ deux tiers du chiffre d’affaires »

SBB : Quels sont vos principaux concurrents ? Comment SportEasy se distingue des autres acteurs présents sur le marché ?

N.M. : Le marché est très mature aux États-Unis avec des leaders comme TeamSnap, SportsEngine, LeagueApps ou GameChanger. En Europe, on trouve plutôt de petits acteurs locaux. En France, nous avons commencé assez tôt et avons contribué à évangéliser le marché, qui était alors peu développé. Aujourd’hui, la concurrence est plus présente, ce que nous considérons comme un signe positif : cela montre que le marché est dynamique. SportEasy se distingue par sa capacité à gérer à la fois les équipes et les clubs. Sur la gestion d’équipe, les principaux concurrents sont souvent des outils comme WhatsApp ou Excel, ainsi que certains services gratuits. Pour la gestion des clubs, une plateforme comme AssoConnect se concentre sur la comptabilité et les paiements. Des acteurs comme TeamPulse ou MonClub se sont aussi bien développés.

Dans l’ensemble, le marché reste énorme : beaucoup de clubs n’utilisent encore aucune plateforme de gestion. Nous voyons cette dynamique concurrentielle très positivement, car elle témoigne du potentiel de développement du secteur.

SBB : En Europe, le marché de la gestion des clubs de sport amateur est très fragmenté. Pensez-vous qu’il va se consolider dans les prochaines années ?

N.M. : Oui, nous pensons que le marché européen va se consolider. À l’image de ce qui s’est passé aux États-Unis, nous anticipons l’émergence de 4 à 5 leaders dans les prochaines années, et nous voulons en faire partie. Pour le moment, nous sommes bien positionnés car nous sommes numéro un en France. Notre développement pourrait se poursuivre soit par notre propre croissance, soit par des acquisitions. Nous discutons actuellement avec plusieurs fonds d’investissement et des partenaires industriels en vue de potentielles opérations de ce type. Dans la sportech, il existe encore beaucoup de petits acteurs locaux pour la gestion des clubs, mais tous ne survivront pas : la consolidation est donc inévitable. D’ailleurs, le rapprochement récent entre TeamPulse et HelloAsso illustre cette tendance.

« A l’image de ce qui s’est passé aux États-Unis, nous anticipons l’émergence de 4 à 5 leaders dans les prochaines années, et nous voulons en faire partie »

SBB : Est-ce que SportEasy est rentable ? Quel est votre chiffre d’affaires ?

N.M. : Nous sommes rentables depuis le dernier trimestre de 2024, ce qui est assez rare dans la sportech. Nous avons réalisé environ cinq millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

SBB : Avez-vous finalisé une ou plusieurs levées de fonds depuis votre lancement ?

N.M. : Au démarrage de SportEasy, nous avons levé environ 600 000 euros en 2012 auprès d’amis, de la famille et de business angels. En 2015, nous avons réalisé une rallonge de 200 000 euros. Fin 2016, nous avons bouclé une nouvelle levée de 1,3 million d’euros, impliquant un fonds d’investissement de la Bpifrance ainsi que des business angels. Enfin, en 2021, nous avons conclu une troisième levée de 4,5 millions d’euros, avec la participation de Seventure Partners, du fonds corporate de la Macif et de nos investisseurs historiques.

SBB : Dans le lancement de votre entreprise, avez-vous été soutenu par un incubateur, un accélérateur ou un réseau d’entrepreneurs ?

N.M. : Nous avons fait partie de la première promotion du Tremplin en 2015/2016, le premier incubateur dédié à la sportech. Nous existions déjà depuis quelques années mais c’était intéressant au niveau de la visibilité.

« Il ne suffit pas de se lancer dans le sport simplement par passion : il faut identifier un problème réel et proposer une solution adaptée »

SBB : Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur souhaitant se lancer dans la sportech ?

N.M. : La sportech est un secteur passionnant, mais pas toujours facile. Mon premier conseil serait de partir d’un vrai besoin auquel vous avez été confronté, et d’y répondre concrètement. Pour notre part, nous avons commencé en allant rencontrer des centaines de clubs pour comprendre leurs difficultés. Il ne suffit pas de se lancer dans le sport simplement par passion : il faut identifier un problème réel et proposer une solution adaptée. Mon deuxième conseil serait de prioriser. Au début, nous voulions tout faire en même temps, mais il vaut mieux se concentrer sur une seule chose et la faire extrêmement bien plutôt que de disperser ses efforts sur dix projets médiocres.

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