Invitée dans un tournoi ITF à Nairobi, une joueuse débutante a été lourdement battue avant de devenir virale. Derrière le malaise, une mécanique réglementaire mal comprise.
La séquence a fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures. Engagée dans un tournoi professionnel ITF à Nairobi grâce à une wild-card, la joueuse égyptienne Hajar Abdelkader, 21 ans, a été éliminée 6-0, 6-0 dès le premier tour. Les images ont surpris, voire choqué : difficultés au service, placement approximatif, échanges quasi inexistants. Très vite, une question s’est imposée : comment une joueuse manifestement débutante a-t-elle pu se retrouver à ce niveau de compétition ?
La réponse tient en grande partie au fonctionnement des wild-cards, ces invitations discrétionnaires attribuées par les organisateurs. Sur le circuit ITF, elles servent principalement à intégrer des joueuses locales, à encourager le développement du tennis dans certaines régions ou à compléter un tableau après un désistement de dernière minute. Dans le cas de Nairobi, la wild-card était initialement destinée à une joueuse kényane, qui s’est retirée tardivement.
Ça, c’est les ITF qu’on aime ! 🤣😍
Wild card tableau principal de l’ITF 35K de Nairobi, au Kenya. 🇰🇪
L’Egyptienne Hajar Abdelkader jouait visiblement pour la première fois de sa vie au tennis. 0 et 0. 3 points gagnés (exploit vu son niveau).pic.twitter.com/pYnGSrSy24
— Tennis Legend (@TennisLegende) January 7, 2026
Selon les éléments disponibles, Hajar Abdelkader avait déposé une demande auprès de Tennis Kenya, l’instance organisatrice locale, et a finalement récupéré cette place vacante. Ni la fédération égyptienne – qui assure n’avoir joué aucun rôle – ni l’organisation du tournoi n’ont apporté d’explication détaillée sur les critères ayant motivé ce choix. Les bases de données de la International Tennis Federation montrent pourtant que la joueuse n’avait jamais disputé le moindre match professionnel auparavant, ni même évolué sur le circuit junior.
Sportivement, l’écart était donc inévitable. Même classées au-delà de la 1 000e place mondiale, les joueuses du circuit ITF maîtrisent des standards de jeu élevés, fruits d’années d’entraînement et de compétition. Exposer une pratiquante aussi novice à ce niveau revient à créer une distorsion sportive, mais aussi un risque médiatique.
Au coeur de l’emballement malgré elle
Car l’autre enseignement de cette affaire est numérique. Les images ont été sorties de leur contexte et transformées en contenu viral, souvent moqueur. La joueuse s’est retrouvée, malgré elle, au cœur d’un emballement qui dépasse largement son cas personnel. Plus qu’une erreur individuelle, l’épisode met en lumière les zones grises de la gouvernance des tournois secondaires, où le manque de transparence et l’urgence logistique peuvent conduire à des situations absurdes.
Ce cas rappelle toutefois une réalité essentielle : dans un sport ultra-exposé, chaque décision organisationnelle peut avoir des conséquences humaines fortes. Les wild-cards sont un outil précieux, mais mal encadrées, elles peuvent fragiliser à la fois la crédibilité sportive des compétitions… et celles et ceux qu’elles sont censées aider.
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