Interview – Nicolas Preault, CEO de Tecnifibre : « On vise 85 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 »

Nicolas Preault, CEO de Tecnifibre et Iga Swiatek

Il y a quelques semaines, Iga Swiatek a remporté son 3ème Roland-Garros et son 4ème tournoi du Grand Chelem. 

Numéro 1 mondiale au classement WTA, la polonaise offre une exposition de premier plan à son équipementier raquette Tecnifibre, marque française rachetée par Lacoste en 2017. Un duo de marques qui est également partenaire de Daniil Medvedev.

Pour en savoir plus sur les actualités de Tecnifibre, nous avons posé quelques questions à son CEO Nicolas Preault.

Sport Buzz Business : Un mot sur le nouveau contrat de 4 ans signé avec Iga Swiatek jusqu’en 2026 ? 

Nicolas Preault : Nous avons signé avant le début de Roland-Garros. C’est allez vite, elle se sent bien avec nos produits et dans notre collaboration qui a débuté en 2021. Nous essayons à notre niveau de contribuer à la performance de nos athlètes. Les raquettes et les cordages sont des éléments importants. On joue également notre rôle pour les aider à choisir le bon produit.

SBB : C’est à dire ?

NP : Daniil (Medvedev) a changé de cordage en début d’année, c’est un sujet sensible pour un joueur… On développait un nouveau produit et il l’a testé et adopté, avec 5 finales et 6 titres ces derniers mois. Nous avons également accueilli récemment Corentin Moutet, Alexander Bublik et Danielle Collins. Corentin, qui a un problème au poignet, a choisi la TF-X1, une raquette puissante avec une technologie qui limite les vibrations dans le bras et le poignet, ça l’a intéressé. C’est un silo sur lequel il n’y avait pas encore de top player, nous sommes ravis qu’il ait fait ce choix.

« La marque devient de plus en plus sexy, nous sommes de plus en plus visibles, des athlètes gagnent avec nos produits »

SBB : Quel est l’impact d’Iga Swiatek sur les ventes de votre gamme pour les femmes ?

NP : Que ce soit Iga, Daniil,… ça génère d’abord de la notoriété. Le tennis est un sport très médiatisé donc on a des acheteurs potentiels devant leurs écrans. Ca apporte aussi de la légitimité, Iga est la numéro 1 mondiale, Daniil oscille entre la 1ère et la 3ème, ça crédibilise les produits. Concernant l’incidence sur les ventes, c’est compliqué à chiffrer, mais sur un marché flat depuis un an, Tecnifibre progresse de 62% sur l’année 2022 par rapport à 2021, avec un chiffre d’affaires record de 45,5 millions d’euros. Cette année, avec un marché encore plus tendu, on fait +50%… il y a surement un lien de cause à effet avec nos ambassadeurs mais c’est aussi le travail sur la marque et les produits.

SBB : Comment travaillez-vous sur le recrutement d’ambassadeurs et de top players ? 

NP : En tant que marque de sport, les athlètes sont au coeur de notre stratégie, c’est même renforcé chez Tecnifibre, on se qualifie de Players’ Company… Pour un joueur, c’est toujours compliqué de changer d’équipementier raquette. On travaille beaucoup sur les jeunes, avec notamment le programme des Petits Crocos avec Lacoste. On accompagne ces jeunes au plus haut niveau. En U18, on a le numéro 1 Alexander Blockx, joueur belge, et le numéro 3, Rodrigo Pacheco Mendez, mexicain. Ce sont deux jeunes qui viennent de notre programme de détection.

On saisi également des opportunités. La marque devient de plus en plus sexy, nous sommes de plus en plus visibles, des athlètes gagnent avec nos produits… Il y a quelques mois, Alexander Bublik est venu vers nous, il a discuté avec nos cordeurs lors du tournoi de Miami, il a commencé à jouer avec nos cordages et raquettes et a voulu allez plus loin.

Avec les top players, on valide d’abord le matériel, c’est la chose la plus importante. Avant de parler d’argent, on discute sur le projet marketing, comment on va travailler autour d’eux… et à ce moment, on discute du contrat, mais en général ça va assez vite.

« Tecnifibre progresse de 62% sur l’année 2022 avec un chiffre d’affaires record de 45,5 millions d’euros »

SBB : Iga Swiatek a signé un contrat textile avec la marque On, c’est une opportunité ratée pour Lacoste dont le groupe détient la marque Tecnifibre ?

NP : Effectivement, la stratégie du groupe est de créer des synergies fortes entre Lacoste et Tecnifibre, comme avec Daniil par exemple. Chacun à ses critères, Lacoste était sur une autre stratégie au niveau du tennis féminin, on a discuté et très rapidement on a convenu qu’il fallait qu’on avance chacun de notre côté. Le timing n’était pas le bon… Iga est très contente d’avoir signé chez On, c’est la marque de Roger…

SBB : Concernant les produits, quelles sont vos nouveautés ?

NP : Nous avons deux grosses innovations « endorsées » par des top players. Il ya d’abord le Razor Soft, cordage issu du segment monofilament. Pour rappel, Tecnifibre est l’inventeur est leader du multifilament. L’avantage c’est son confort, un cordage qui respecte l’intégrité physique des joueurs. En partant de se savoir-faire, on a voulu développer un monofilament qui amène toujours autant de performance et génère du confort. Nous avons travaillé avec nos ingénieurs pendant 2 ans. On a proposé à Daniil de le tester, il nous a fait quelques retours et l’a adopté rapidement. Sur dur, il a eu plus de longueur, beaucoup plus de précision et moins de fatigue musculaire selon ses propos. C’est en train de faire son petit bonhomme de chemin… Nous commercialisons ce produit qui fait un carton. On se positionne désormais comme un acteur du monofilament et leader du marché du cordage.

Concernant les innovations raquettes, il y a la TF-X1 qu’utilise désormais Corentin Moutet, une raquette puissante et équilibrée avec une limitation des vibrations par l’intermédiaire d’une technologie unique à Tecnifibre avec le X-Damp qui vient dans le prolongement du manche. C’est une innovation inventée par René Lacoste remise au goût du jour.

« Le padel c’est 5% de notre business, demain ce sera entre 10 et 20% »

SBB : Un mot évidemment sur le padel, comment appréhendez-vous aujourd’hui la discipline ? Quelles ambitions nourrissez-vous à moyen terme ?

NP : On regarde avec beaucoup d’attention, c’est un sport qui est une pleine explosion, fun, accessible, avec un côté très social. On voit bien l’évolution sur l’Europe et sur d’autres territoires.

Depuis deux ans, nous considérons le padel comme étant stratégique. On fait beaucoup de développement, on a investi sur des joueurs… mais nous restons prudent. Tecnifibre travaille avec Benjamin Tison, le numéro 1 français qui nous apporte sa connaissance des produits. On travaille en étroite collaboration.

Le padel est pratiqué par un nombre de joueurs de plus en plus important. On sait que d’un point de vue business, il y a beaucoup beaucoup de stocks chez les marques et les distributeurs. On pense que, comme il y a 20 ans dans le snowboard, il va y avoir un assainissement sur l’ensemble des acteurs…aujourd’hui il doit y avoir plus de 200 marques… nous on regarde, on est positionné pour relancer lorsque les stocks se seront assainis sur le marché.

SBB : Que représente aujourd’hui l’activité padel au sein de Tecnifibre ? 

NP : On y va avec prudence, on veut continuer à être une marque experte tennis et squash. Le padel c’est 5% de notre business, demain ce sera entre 10 et 20%… A date ce n’est pas considéré comme étant un levier de croissance dans notre projet de développement, c’est vraiment quelque chose qui vient en incrémental.

« Sur l’année 2025, on vise 85 millions d’euros de chiffre d’affaires »

SBB : Quel bilan faites-vous de vos 5 années chez Tecnifibre en tant que CEO ? 

NP : Je continue à prendre énormément de plaisir à travailler avec les équipes sur cette belle marque et l’ensemble des produits ! Nous avons doublé le chiffre d’affaires sur les 5 dernières années. On se considère un peu comme la startup des sports de raquettes avec une dynamique commerciale très forte et aussi une dynamique sociale importante. On a fait X2 sur les cinq dernières années et l’objectif c’est de faire X2 sur les 3 prochaines, sur une marché plutôt flat, donc on va prendre des parts de marché. Sur l’année 2025, on vise 85 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Pour ça, on investit sur les produits, les athlètes, mais aussi sur les équipes, un sujet dont on parle assez rarement, j’attache beaucoup d’importance à la qualité de l’équipe. Nous sommes une petite équipe, une équipe extrêmement soudée, avec une organisation très opérationnelle, on a mis en place une chaine avec différents maillons d’expertises, nous avons 8 nationalités différentes au siège à Feucherolles, 20% de nos équipes ont débuté comme stagiaire et 50% des équipes ont été promues au moins une fois, ce qui démontre bien la façon dont on travaille chez Tecnifibre.

Iga Swiatek en visite chez Tecnifibre avant Roland-Garros 2023 (crédit : Tecnifibre)

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