Yann Delaigue n’est plus joueur professionnel de rugby. Il n’est pas non plus entraîneur. L’ancien demi d’ouverture est devenu un spécialiste de l’événementiel. Depuis 20 ans, il fait la promotion du rugby à sa manière, toujours dans une ambiance festive et dans un cadre insolite. Après des tournois sur le sable puis sur la neige, son Eden Park WateRugby, sur la Garonne, est devenu un rendez-vous incontournable de l’été.
C’est un temps à se jeter à l’eau. Tout habillé. Avec un short et un maillot de rugby par exemple. Du 2 au 5 juillet, le WateRugby installera ses plateformes à Toulouse, sur les bords de la Garonne pour une huitième édition. Bonne nouvelle, ou pas, le thermomètre devrait encore dépasser les 30 degrés. « Il n’y a jamais eu de soucis, j’ai des garanties puisque j’ai une sécurité civile qui est présente sur l’événement pour tous les petits bobos, une sécurité aussi pour maintenir la bonne ambiance, elle est discrète mais nombreuse. J’ai une sécurité de la SNSM dans l’eau avec des bateaux, des jet-skis et des paddles qui surveillent quand les gens marquent des essais et tombent dans l’eau », détaille Yann Delaigue, 53 ans.
L’actu du moment n’est pas que météorologique, elle est bien sportive, quelques jours après le succès du Crunch Creator. L’ancien joueur du RC Toulon, du Stade Toulousain et de l’équipe de France a bien sûr observé l’événement, il connaissait d’ailleurs les organisateurs et les hommes sur le terrain : « J‘ai suivi bien en amont parce qu’il se trouve que la plupart des influenceurs qui participaient, c’est des gamins que je connais bien, parce que je les invite chaque année au WateRugby. J’entretien une très bonne relation avec eux et la société Ambission qui a organisé l’événement à Bordeaux, c’est la société de production qui me fait toutes les vidéos donc je les connais très bien, j’ai même un projet avec eux pour 2027. C‘est assez surprenant parce qu’on se rend compte que la popularité de ces jeunes influenceurs est bien au-delà des rugbymen. Quand ils sont sur l’événement, ils signent plus d’autographes que toutes les anciennes légendes du rugby donc j’avais bien compris que le temps était plus à eux qu’aux sportifs eux-mêmes. Je pense que c’est une bonne chose pour le rugby. »
Entrepreneur avant la fin de sa carrière
Yann Delaigue n’a pas attendu de raccrocher les crampons pour s’impliquer en dehors du terrain. Alors qu’il est encore joueur professionnel, il monte sa structure et se teste sur quelques dates. « J‘ai commencé à créer des événements de beach rugby à l’époque. J’ai fait ça à Sainte-Maxime une fois, deux fois. A la fin de ma carrière, je suis monté sur Paris et j’ai organisé des beach rugby à Bercy. J’en ai fait quelques-uns. C’est ça qui m’a mis le pied à l’étrier finalement parce que c’est quelque chose qui me permettait de rester dans mon univers passionnel avec le rugby », se souvient le triple champion de France. La reconversion ? Un « serpent de mer », selon lui. « Chacun se débrouillait à mon époque et j’ai l’impression que ça n’a pas beaucoup changé. C’est le souci primordial pour la génération d’aujourd’hui. Dans mon entourage, il y a de tout. Des personnes encore dans le rugby et d’autres dans le BTP, j’ai un ami assureur, un autre qui fait du chocolat. »
Après la plage, c’est sur les pistes enneigés qu’il se tourne pour organiser ses événements. De 2013 à 2018 se tient Tournoi des 6 Stations avec le soutien d’Orangina. Mais le rendez-vous ne revient pas, faute de partenaire et à cause du Covid qui oblige les stations de sports d’hiver à rester fermées. Delaigue n’abdique pas et imagine un tournoi directement sur l’eau. Il installe ses plateformes au Cap d’Agde, à Barcarès ou à Gruissan mais les conditions d’accueil ne sont pas encore optimales. « Il y avait beaucoup de contraintes par rapport à la plateforme qu’il fallait bouger tous les jours et j’étais un petit peu à la merci du capitaine du bateau remorqueur. Chaque jour, je tremblais pour savoir si ma plateforme allait arriver le lendemain. Je me suis dit que le danger était trop fort par rapport à mes engagements avec mes partenaires. »

Un spectacle gratuit, des partenaires publics et privés
Cet été, 1 500 joueurs sont attendus à Toulouse et 40 000 spectateurs sur l’ensemble du tournoi. Des étudiants, des salariés, des amateurs qui se jetteront tous dans la Garonne pour célébrer un essai. Une cinquantaine d’anciennes gloires du rugby comme Brice Dulin, Vincent Clerc ou Damien Traille seront aussi de la fête. Tous là pour le plaisir. « Je les invite, c’est tout frais payés, mais je ne les rémunère pas. Tous ceux qui sont là viennent avec l’envie de renouer, de reprendre contact, de faire la fête, de jouer au rugby, de faire la promotion de notre sport au plus grand nombre. Ils viennent tous dans cette démarche humaine et c’est très important pour moi. Le jour où des joueurs voudront être payés, j’arrêterai parce que ce n’est pas dans mon état d’esprit. On a la chance d’avoir un sport où nos acteurs sont en vraie proximité avec le public, ont une vraie joie de se retrouver ensemble et de recréer des émotions, comme on a pu le faire quand on était joueur. C’est une valeur fondamentale pour mes événements et pour moi. » Le modèle économique de l’Eden Park WateRugby s’appuie exclusivement sur les partenariats. Le consultant de RMC et de France Télévision est transparent : « C‘est un spectacle gratuit pour les gens. J’intègre des partenaires public, la ville, la région, la métropole, et des entreprises privées. Je vends aussi de la visibilité sur l’événement ainsi que des hospitalités en présence des joueurs internationaux. »
Pour l’édition 2026, le parrain était tout trouvé : Jean-Luc Reichmann. « D’abord, c’est un pote. Et puis au-delà de ça, il est Toulousain. C’est une personnalité que les gens aiment bien et c’est important aussi pour un événement comme ça, grand public. Il a toujours le sourire. Pour avoir passé un peu de temps avec lui, il est toujours là pour faire des photos, il est toujours disponible, il est carrément dans l’état d’esprit que je veux dans cet événement. » Yann Delaigue a la bougeotte. Après Toulouse, il pourrait bien délocaliser son WateRugby vers Paris à l’avenir.
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