« La voile, industrie artisanale du sponsoring » – Rencontre avec Yoann Richomme

Depart de la Douarnenez Horta Solo 2016 - le 27/08/2016

Depart de la Douarnenez Horta Solo 2016 – le 27/08/2016

 

L’édition 2016 du Vendée Globe est partie il y a un mois et bat déjà tous les records sur le digital et les skippers, qui bénéficient d’une météo exceptionnelle, sont en avance sur le record de François Gabart.

Ces aventuriers ne se sont pas lancés du jour au lendemain dans ce projet fou du tour du monde en solitaire, sans assistance et sans escale. C’est une aventure qui se prépare bien longtemps en avance, et souvent, dès l’édition précédente.

Trouver des partenaires, dans un projet qui peut coûter jusqu’à 10 millions d’euros, devient vite indispensable. Nous avons pu échanger sur cette problématique avec Yoann Richomme, vainqueur de la prestigieuse Solitaire Bompard Le Figaro 2016 avec Macif et en pleine recherche de partenaires pour le Vendée Globe 2020.

Yoann Richomme a un parcours atypique dans le monde de la voile. Il a d’ailleurs failli ne jamais devenir skipper : « J’étais parti en Angleterre faire des études en informatique et à deux jours du début des cours, j’ai changé pour faire des études d’architecture navale. J’ai croisé un pote qui venait juste de finir le tour de France à la voile en étudiant. il m’a dit qu’on devrait faire ça ensemble et je l’ai suivi ».
Il faut toujours écouter ses amis 😉

Yoann Richomme (Skipper Macif 2014) 1er au general de la Solitaire Bompard Le Figaro - La Rochelle le 07/07/2016

Yoann Richomme célébrant sa victoire sur la Solitaire Bompard Le Figaro – La Rochelle le 07/07/2016

Gagner la Solitaire du Figaro pour un voileux, c’est comme gagner Roland-Garros pour un tennisman. C’est un succès qui vous place parmi les meilleurs navigateurs du monde en solitaire, rien que ça ! On pourrait donc penser que trouver des partenaires après un tel succès, devient une formalité et pourtant…

Contrairement à de nombreux sports où les sponsors se bousculent après une victoire prestigieuse, la Voile est un milieu à part, avec des codes différents. « La Voile c’est une espèce d’industrie complètement artisanale du sponsoring » ajoute Yoann Richomme.

Pour mettre sur pied un projet gagnant sur le Vendée Globe, il faut donc de forts investissements. « Les budgets sont assez élevés. En gros pour un projet gagnant, c’est des budgets à 2M d’euros par an, sur 3-4 ans. Toutes les entreprises ne peuvent pas se permettre de financer de tels projets. Tu es vite dans la boite qui tourne autour d’un milliard d’euros de Chiffre d’Affaires » nous précise le skipper.

Il y a deux types de montage que peut espérer un skipper pour jouer la gagne : construire un bateau ultra moderne ou bien racheter un bateau qui a déjà fait ses preuves et l’optimiser.

Yoann Richomme précise : « Dans mon projet personnel, je préfère, plutôt que de partir sur une construction qui va prendre beaucoup de temps et d’argent, acheter un très bon bateau d’occasion et l’optimiser. Je vise des achats de bateaux à 3 millions d’euros. Ce sont des bateaux qui ont entre 2 et 8 ans et qui ont déjà fini un Vendée Globe. »

Mais quel que soit le projet, peu d’entreprises ont une manne financière suffisante pour jouer les partenaires de luxe. Et si c’est le cas, une autre difficulté arrive très vite. Comment convaincre ses collaborateurs d’investir dans ce projet fou qui peut s’arrêter quelques heures après le départ à cause d’un problème technique ou d’une météo capricieuse ? C’est cette incertitude qui rend le Vendée magnifique mais qui freine également bon nombre de partenaires.

Pour convaincre, un skipper doit parfois éviter les intermédiaires. « Chez nous, les agences ne fonctionnent pas. C’est souvent la rencontre entre un skipper et un patron d’entreprise. Rencontrer les N-1 ça n’aboutit pas souvent car il y a une grosse différence entre croire en un projet et prendre le risque d’aller le présenter à ton patron et/ou conseil d’administration » analyse Yoann Richomme.

Après ce constat, on pourrait penser qu’un skipper aura plus de chance si il cible une entreprise dont le PDG a une affinité pour la Voile. Mais ce n’est pas si évident que ça selon le navigateur français. « La difficulté pour nous, marins, dans la recherche de partenaires, c’est de s’adresser à la bonne personne et la personne fiable est c’est souvent le patron de la boite. Par contre ça peut se retourner contre toi car si tu t’adresses à un patron qui aime la voile et que tout le monde dans son entreprise le sait, alors il va avoir du mal à être crédible car ses collaborateurs peuvent penser qu’il veut investir plus par passion personnelle que pour le bien de la boite. »

Malgré ces difficultés, la voile et surtout le Vendée Globe peuvent être de magnifiques vitrines. Les retombés médias sont difficilement anticipables car elles dépendent grandement des résultats du bateau. En revanche, il y a d’autres retours sur investissement, moins chiffrables mais tout autant importante pour une entreprise : « Dans la voile, on donne l’impression que la majeure partie des retombés, ce sont les retombées médiatiques mais c’est faux. Il faut plus considérer ça comme une prime. La grosse partie, c’est tout ce que tu peux faire en relations publiques avec tes clients, collaborateurs… Par exemple, l’entreprise peut faire naviguer ses invités sur le bateau en amont ou après la course. Et c’est comme si tu les faisais naviguer sur une Formule 1. Il n’y a quasiment aucun autre sport qui te permet de faire ça » ajoute Yoann Richomme.

On l’aura compris, pour décrocher le graal et obtenir le soutien d’un partenaire dans un projet gagnant, être l’un des meilleurs navigateurs du monde ne suffit pas. Il faut avoir un projet bien ficelé et réussir un convaincre les décisionnaires d’investir dans un projet à l’issue incertaine. Et à Yoann Richomme de conclure. « Ce qui m’intéresse dans le Vendée Globe, c’est plus le projet en amont que la course en elle-même. Quand tu te dis qu’il y a moins de personnes qui ont fini le Vendée que d’astronautes qui sont allés dans la Station Spatiale Internationale, c’est un truc de dingue quand même ! »

On souhaite à Yoann de faire partie de ces rares explorateurs !

Yoann Richomme (Skipper Macif 2014) 1er au general de la Solitaire Bompard Le Figaro entre La Rochelle et La Rochelle - le 07/07/2016

Yoann Richomme lors de la Solitaire Bompard Le Figaro

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